ACTE II, SCÈNE I
Qu'on laisse un jeune esprit dans son inquiétude, Qu'on feint de ne pas voir même sa servitude ,
. Qu'une dame répond de regards seulement, Et qu'elle paroît saine au milieu du tourment , Lors sa beauté peut tout sur une âme amoureuse; Elle est plus absolue étant plus rigoureuse, la &it mieux approcher en s'en feignant plus loin , Et la conserve mieux en ayant moins de soin. Mais quand nos passions flattent votre martyre,
' Qu'à vos jeunes désirs nous donnons plus d'empire, Que nous ne traitons plus votre amour en enfant , Et que de notre cœur le vôtre est triomphant ,
t Cette première ardeur beaucoup moins vous tourmente, ^ Votre flamme décroît lorsque la nôtre augmente , Vos liens ne sont plus si serrés que devant, Et, pour vous trop donner, nous vous perdons souvent.
FLORIMANT.
Mon tout, si ta beauté ne veut plus que je vive, &ns encore un moment dans cette humeur craintive ; Prolonge d'un instant ces fâcheux entretiens , Craelle, et mes désirs obéiront aux tiens. Ah! si tu crois mon cœur de ce crime capable, Ordonne-lui sa peine avant qu'il soit coupable; Que seul je sois l'objet des plus cruels tourmens [Que peuvent «redouter les parjures amans;
Qu'un châtiment cruel prévienne mon offense; [Défends-moi de te voir avec tant de licence ;
Etouffe mon espoir, accorde à mes rivaux
U fruit que ta beauté doit à mes longs travaux.
An moins, en ce malheur, mon âme languissante
Tiendra de toi le bien de mourir innocente.
Ah ! pardon, mon souci; ton dépit amoureux Tiendra plutôt de moi le bien de vivre heureux. Tu ne dois plus douter si mon âme est atteinte: Juge de mon amour par Texcès de ma crainte. Si j'ai failli, tes yeux ont causé mon péché; Et si je t'aimois moins, je t'aurois moins fâché.
FLORIMANT.
Non , non , l'amour m'oblige à punir ta malice ; N'espère pas ainsi t'affrancliir du supplice. Toutefois, juge ici de mon affection, J'en veux laisser le genre à ton élection. Ordonne un châtiment toi-même à ton offense; Ayant fait le péché, fais aussi la sentence; Vois si les moins cruels te traiteroient ainsi : Ton cœur est criminel, qu'il soit le juge aussi.
De moins cruels que toi m'ordonneroient ma peme, Et ne me rendroient pas à moi-même inhumaine. T'aurai-je contenté si je t'offre des fleurs? Seras-tu satisfait si je répands des pleurs? Est-ce assez me -punir de t' appeler mon âme, Ou seras-tu content d'un regard tout de flamme? Je lis , à voir tes yeux sur ma bouche attachés , Qu'ils voudroient bien punir ce qui les a fâchés : J'y consens , venge-toi sur cette criminelle.
FLORiMAicT , V embrossant." Que ne peut être, ô dieux, ma vengeance étemellel Adorable sujet de mes chastes amours , ' Pour te laisser punir offense-moi toujours.