DUC DE RICHELIEU
f ILLES à Richelieu si chères, Muses, chastes soeurs du soleil , Priez cet astre sans pareil D'ouvrir l'oreille à mes prières; En cette agréable saison Où les fleurs rompent la prison De l'élément qui les enserre, Il peut faire, par ses chaleurs, A mon esprit comme à la terre , Produire de nouvelles fleurs.
Ses forces ne sont pas bornées Par les étés et les hivers; Il n'est pas moins père des vers, Que des saisons et des années.
Sa vertu s'étend plus avant Qu'à donner des jouets au vent, -
Et faire des fleurs et des herbes.
C'est elle qui fait les métaux; Et lejs Bonsards et les Malherbes Se comptent parmi ses travaux.
Mais toi y grand démon de la France ^ Autre soleil de notre temps, Qui donnes d'un si beau printemps Une si parfaite espérance, Richelieu, rare effort des cieux, Juste étonnement de ces lieux, Si tu daignes prendre la peine De jeter un regard sur moi, Quel Apollon peut à ma veine Etre plus Apollon que toi?
Pour toi, grand duc, elle est ouverte; C'est pour toi quelle veut couler:
Ma nef, commençons de cingler.
Puisque notre ourse est découverte.
Je sais bien que sur cette mer Il est malaisé de ramer :
Aussi n'est-il point de voyage Qui mérite un si grand effort.
Et nous ferons un beau naufrage.
Ou nous trouverons un beau port.
Tel qu'on voit en son écliptique Le brillant prince des saisons,