ACTE I, SCÈNE IV
L'mtérêt de l'honneur plus que Tamour me presse ; Et ton enfant te suit, et non pas ta maîtresse.
RODOLPHE
Et moi , loin de trouver ces propos ennuyeux ; Ten attends les effets comme un présent des dieux , Et ne puis recevoir qu'avec beaucoup de joie Ce qui me vient par vous et que le ciel m'envoie. Kais je ne puis forcer l'agréable prison Où de nouveaux liens arrêtent ma raison. Tdétpit mon dessein, tels étoient ses caprices, Qu'une autre à vos beautés ôtât mes sacrifices : Isabelle est son nom, et Londres le séjour De ce fatal aimant des puissances d*amour. le ne désire point vous vanter sa puissance Four faire en quelque sorte excuser mon offense ; n safHt de vous dire , et c'est avec regret , Que je résiste en vain à ce pouvoir secret Qui fait rompre la foi qui vous étoit donnée, £t qui range mon cœur sous un autre hyménée. Déjà ce sacré nœud des belles volontés ^Mroit à mêmes lois soumis nos libertés , K le vent' qui me prit presque en quittant la terre le m'avoit détourné des routes d'Angleterre , ees barbares lieux dont le peuple assassin Jeat qu'à sa cruauté je serve de butin. itre Arabes sans vous m'alloient priver de vie , par vous elle est prête encor d'être ravie : vous croyez devoir à votre passion tte juste, il est vrai , mais sanglante action, le je sois donc l'objet de la fureur d'Alphrède : te ne puis à vos maux offrir d'autre remède. Tome II. / 23
354 LA BELLE ALPHREDE,
Qu'à ce prix, s'il se peut, vos vœux soient satiflfiuti:
Ce fer est dans mes mains un inutile faix.
(H jette soQ ëpée.)
Ou , s'il vous est suspect , le voilà qui vous laisse Le moyen d'accomplir le désir qui vpus presse. Alphrède , suivez donc votre ressentiment : Le courroux s'alentit par le retardement.
ALPHRÈDE, laissant tomber son ipée»
T'offrant à ma fureur, lâche objet de mes larmes.
Tu sais combien légers sont les coups de mes armes;
Comme ils sont sans effet, tu les attends sans peur:
Alphrède, et tu le sais, ne peut frapper au cœur.
Conserve donc le jour, et suis tes destinées;
Le ciel à tes souhaits égale tes années.
Je saurai cependant alléger mes douleurs ;
Celui qui peut mourir peut vaincre tous malhenris.
Bien d'autres en la mort ont trouvé du remède;
Et ce qu'elle est pour tous , elle Test pour Alphrè^.
Je devrois souhaiter que ce que j'ai de toi,"
Pour ton crime, inconstant, mourût avecque moi,
Et je ne devrois pas moi-même me survivre.
J'attendrai toutefois que le temps m'erf délivre ;
Je forcerai ma haine , et ta déloyauté '
Ne m'obligera pas à cette cruauté :
Je veux qu'un même instant expose aux yeux du pèr»
La naissance du fils et la mort de la mère ,
Et que ce dieu cruel qui préside à Tamour
Me voie en même temps perdre et donner le jour.
Peut-être que tes yeux, ces vainqueurs si barbares,
De quelques pleurs aîi moins ne seront pas avares,
Et que de ces ingrats et cruels ennemis
Tu pleureras la mère et tu riras au fils.