ACTE II, SCÈNE IV
Mon malheur tel qu'il est n*est pas encore extrême , Puisqu'irne me rend pas esclave de moi-même.
AMINTAS
Tu l'es assez de toi l'étant de ton orgueil. Qui plus que. ton malheur creusera ton cercueil.
ALPHRÈBE*
Je plaindrois un soupir pour t'en ôter l'envie : La plus cruelle mort vaut une lâche vie.
AMINTAS
Désirer de mourir parmi l'adversité,
Comme à d'autres le craindre , est une lâcheté.
ALPHRÈDE.
Qui se plaît à souffrir mérite son supplice ; Mais chercher son repos c'est se rendre justice.
ABlIIfTAS.
Eh bien , on te prépare un repos étemel.
ALPfiRÈDE.
La mort est effroyable aux yeux d'un criminel. Qui là gagne la craint; mais elle est désirable A qui vit malheureux et non pas misérable.
AMINTAS
Quoi ! ta rébellion et la mort d'un des miens Ne rendent pas tes bras dignes de ces liens ?
Est-ce rébellion qu'employer son courage A défendre sa vie et repousser l'oulrage?
AMINTAS
Donc ta vie , orgueilleux , est de grand intérêt ?
366 LA BELLE ALPHRÈBE, |
( A Tan des Arabf*f . )
Allez voir de ce pas si son supplice est prêt.
(L'Arabe sort.)
Déteste maintenant , crie , peste , murmure , Appelle-moi cruel, joins la plainte à Finjure, Je laisse ta voix libre au milieu des tourmens , Je ne la change point en des mugissemens, Et les taureaux d'airain n'ont point ici d'usage.
ALPHRÈDE.
Que je me plaigne , ô dieux , quand je sors de sempr. Quelle faveur plus rare obtiendrois-je des cieux, Et quel de mes amis me pourroit traiter mieux? If on, non , ne croyez point que d'une âme crtiaim Je doive recevoir le repos qui m'arrive. ' ' • La mort des malheureux est une heureuse mort; Et le naufrage est doux quand il nous jette au |Oit :
( Elle 86 met à genoux. )
Mais si j'ose, seigneur, implorer quelque grâce. Et si quelque pitié peut chez vous trouverplaoe, Daignez pour quelque temps différer mon trépas; Les dieux me sont témoins que je ne le erains pii»'^ Et qu'il me tiendra lieu d'une faveur extrême , Si vous me conservez en un autre moi-même f Dont le sang est mon sang , et qui dans peu de t