SCÈNE IV
RODOLPHE, CLÉANDRE, FERRANDE.
KODOLPHE, a part.
3 TOUS qu'à son besoin rinnocence réclame , dateurs d'un si beau corps et d'une si belle âme , Vengez de leurs accorâs le malheureux débris, )e notre liberté trop regrettable prix ; ''rappez ce malheureux, non pas de ce tonnerre Kmt fut puni l'orgueil des enfans de la terre : Toi peu d'air corrompu, le moindre coup de vent, Iq souffle détruira ce squelette mouvant, bis, ô vaine fureur, vengeur lâche et timide, te chercher hors de toi l'auteur de l'homicide ! Lûdolphe , quel bourreau que ta déloyauté . le coup de sa mort en son beau sein porté ? iontre lui ton remords injustement t'anime; Fe lui souhaite point la peine de ton crime ; l est bien moins cruel que tu n'es inhumain , ■t ton cœur a failli beaucoup plus que sa main. Ji moins, lâche fureur, si de la seule vie le cet objet d'amour tu t'étois assouvie, u serois pardonnable ; on voit des trahisons , ■t mon ingratitude a des comparaisons : lais tu ne voulois pas pouvoir être égalée , It jusques à mon sang ta rigueur est allée; 'dut commettre un forfait seul comparable à soi, *ai voulu sans mourir être meurtrier de moi , It je me suis cherché jusqu'au ventre d'Alphrède , *our soûler cette rage à qui toute autre cède. TowE II. 25
386 LA BELLE ALPHRÈDE,
Ainsi le fruit naissant de nos tristes amours Sans avoir vu le jour a terminé ses jours; Ainsi je Tai frustré du bien de la lumière j Et le lieu de son être est devenu sa bière ; La mort ferme ses yeux avant qu'ils soient ouverts, Et devant qu'être au monde il descend aux enfçrs. Quel mortel ennemi , quel monstre , quelle peste, Quel tigre, quel serpent est aux siens si funeste? Parens infortunés! toi, Thyeste, qui fis De ton sein malheureux le tombeau de tes fils ; Et toi, triste vieillard dont les mains parricides Privèrent de clarté les yeux toujours Immiâes , Vous pleuriez innocens ; et , traître que je suis, Les yeux secs je l'envoie aux étemelles nuits.
FERRAKDE.
C'est trop perdre de temps ; soyons-en plus avares, Et fuyons au plutôt de ces rives barbares-
RODOLPUE.
Fions-nous donc encore à la fureur des eaux; Que Londres soit l'endroit où tendent nos vaisseaux: Non pas que le pouvoir des charmes d'Isabelle Entretienne en mon cœur aucun dessein pour elle, Mais pour en quelque sorte expier ncjon forfait, Et pour exécuter le dessein que j'ai fait De punir ce barbare en un autre soi-même , Sacrifiant son fils à ma douleur extrême ; Ou dans mon propre sang , si le sort est pour lui^ Laver ma perfidie et noyer mon ennui.
(Ils sortent.)