ALPH.RÈDE
Bircelone en Espagne est ma natale terre , D'où ce mien frère et moi passons en Angleterre , Four annoncer la mort du plus parfait amant A qui jamais la Parque ouvrit le monument : Bodolphe étoit son nom , sa maîtresse Isabelle , Que cet ami mourant me peignit la plus belle Qoi dan3 Londres jamais ait respiré le jour.
EURILAS.
^i»iment, Rodolphe est mort!
ISABELLE
O triste fruit <l'amour!
0 loi de nos destins inhumaine et barbare ! ïymen alloit nous joindre, et la mort nous sépare!
ALPHRÈDE, à part.
0 dieux!
ISABELLE
Je suis la seule à qui touche sa mort, A qui doit s'adresser ce funeste rapport : Isabelle est mon nom.
396 LA BELLE ALPHRÈDE,
ALPHRÈDE, a part.
Enfin mon frère en tient.
▲ CASTE
Je sors d'un lieu sauvage Où l'on ne sait d'amour ni l'être ni l'usage, Et de qui les beautés n'ont pas assez d'attraits Pour fournir à ce dieu des flammes et des traits. Là, sans élection chacun suit sa nature. Chacun s'y laisse prendre et prend à l'aventure, Sans goûter les douceurs de ces beaux mouvemens Qu'on dit qu'Amour inspire aux esprits des amans. Nourri parmi ces gens, j'ai peine à reconnoître Quel est un changement qu'en effet je sens naître, Si c'est amour ou non ; et pour me l'exprimer, Je voudrois consulter quelqu'un qui sût aimer.
Ne consulte que moi ; crois qu'en cette science Aucune n'a plus d'art , ni plus d'expérience : Je m'y suis trop instruite aux dépens de ma foi; Mais éprouve au hasard combien je m'y connois.
ACASTE
Ecoute ; au même instant que parut à ma vue Cette jeune beauté de tant d'attraits pourvue , D'un désordre soudain mes sens furent troublés , Mon esprit interdit, mes yeux comme aveuglés , Et je ne voyois rien qu'une douce lumière Qui m'avoit ébloui de sa clarté première. Mais quel ordre , bons dieux, et quel raisonnement Est égal en douceur à ce dérèglement ?
ALPHRÈDE.
Ainsi, voulant chez nous établir sa demeure ,' L'Amour surprend, frappe, entre et se loge en mêmehei