ACTE IV, SCÈÎÏE I
Entreprenant un cœur qu'il ne veut pas faillir, Fout son dessein dépend de le bien assaillir. Mais poursuis seulement.
ACASTE
Après ce doux caprice , Quand ma raison voulut reprendre son office , Et rétablir un peu ses mouvemens confus , Te' connus clairement que je n'en avois plus : lyune secrète ardeur mon âme étoit pressée, Te ne pouvois former qu'une même pensée, Mon mal seul me plaisoit , je ne concevois rien , Et ses seules beautés étoient mon entretien.
alphr:ède, à/;ar^.
(Haut.)
Ill<m frère est pris. Après ?
ACASTE
Quand la mère des ombres Confondant les couleurs fit toutes choses sombres, Bt sur cet horizon répandit ses pavots , ^c trouvai le travail dans le sein du repos; Bt je vis que des mois l'inégale courrière Presque avant mon sommeil achevoit sa carrière.
ALPHRÈDE. '
(A part.)
Achève. Acaste en tient.
ACASTE
Encore ce sommeil Etoit interrompu d'un si fréquent réveil. Qu'à peine je puis dire avoir clos la paupière Et dormi seulement une minute entière.
Ce parfait abrégé des merveilles des cieux
398 LA BEDLE ALPHRÈQE,
Quand j'allois reposer venoit m'ouvrir les yeux ;
Elle m'éblouissoit de ses attraits sans nombre;
3e lui tendois les bras, mais n'embrassois qu'une otnbre;
Et ne pouYois pourtant , en ma confusion ,
Etre mal satisfait de cette illusion ;
J'aimois à me tromper d'un si plaisant mensonge,
Et refermois les yeux pour retrouver mon songe.
Est-ce amour?
ALPHRÈDE.
Oui sans doute , et ce tyran naissant N'eut jamais sur un cœur d'empire plus puissant. -
4GâST£.
Je souhaite sa vue et la crains tout ensemble; Je brûle de la voir, et l'abordant je tremble; Près d'elle je sens naître un désordre secret Qui confond mes pensers et qui me rend muet; Il semble que ma ladgue à son abord se lie ; Ce que j'ai médité , la voyant je l'oublie; Je la quitte confus , je rév-e toiit le jour.
ALPHRÈDE.
Si tu n'es amoureux je n'eus jamais d'amour. Au reste, de quel prix et de quelles largesses Voudrois-tu, le pouvant, acheter ses caresses?
ACASTE
Pour l'acquisition d'une telle beauté , J'en gagerois mon cœur, mes biens, ma liberté, Mon repos, ma raison , mon espoir, mon envie, Mes vœux , mes soins, mes pas, et , si tu veux, maTi^» Puisque cette merveille est mon unique bien. Que seule elle m'est tout, et tout sans elle rien.