SCÈNE PREMIÈRE
RODOLPHE, FERRANDE.
RODOLPHE
i/E ce pas, cher Ferrande, accomplis mon envie; Va tôt, fais qu'un duel m'abandonne sa vie; rorte-lui ce cartel , sers mon ressentiment.
FERRANDE.
Je n'y puis, ce me semble, aller fort sûrement. Tous savez que pour lui cette heureuse joumëe Est à d'autres duels que de Mars destinée. I4 jour de son hymen appeler un époux, He peut à l'appelant produire que des coups.
RODOLPHE
Qdoit, s'il a du cœur, soumettre toute chose A cette occasicm que l'honneur lui propose.
FERRAVDB.
Acquérez les plaisirs dont il se va combler, Et rompez son hymen au lieu de le troubler; faites effectuer aux parens d'Isabelle •-a foi qu'elle a de vous et que vous avez d'elle ;
4" LA BELLE ALPHRÈDE,
Otez à ce rival le bien qui vous est dû; Paroissez et rompez son hymen prétendu.
RODOLPHE
Isabelle n'est plus le sujet qui m'anime; Son change né m'importe, injuste ou légitime; Sa beauté ne m'est plus ce qu'elle me parut. Son empire cessa quand Alphrède mourut.
Cette jeune merveille, en perdant la lumière. Rétablit sur mon cœur sa puissance première. Et regagna mes vœux par un si prompt effort, Que son pouvoir sembloit dépendre de sa mort. Alphrède me veut seul , et sa fortune est telle Que sa mort l'a rendue en mon cœur inmiortelle, Et que le seul dessein de venger son trépas A, des côtes d'Oran, conduit ici mes pas, Oïl dès ce même jour, si le sort m'est prospère, Le fils me répondra de la rage du père.
FERRANDE.
Mais puisque c'est un mal qu'il ne peut éviter, Quel sujet vous oblige à le précipiter? Puis-je, l'allant trouver au milieu de la presse. Le tirer sans soupçon du sein de sa maîtresse; Et ne jugez-vous pas c[u'il sera retenu. Si par les assistans ce dessein est connu?
RODOLPHE
Quoique mon repentir, en ma triste pensée, De la beauté qu'il aime ait l'image effacée , L'honneur me sollicite à détourner l'effet Du tort et de l'affront qu'il pense m'avoir fait Cet affront n'est pas grand , mais il le pouvoit être; Sa trahison n'importe , et pourtant il est traître.