DÉJANIRE, LUSCINDE
DEJANIRE.
Luscinde, quel effroi! quelles cruelles pejines!
Quelle horrible frayeur se glisse dans mes veines!
Quel trouble! quelle horreur me dresse les cheveux!
Chaque instant m'est un jour, tout objet m'est hideux.
Mon cœur épouvanté tremble , frémit , s'altère :
Cette frayeur en moi court d'artère en artère;
Et dans ce changement, mon corps intempéré
Ne sent jointures, os, nerf, ni muscle assuré.
O d'un grand accident infaillible présage !
O vent impétueux, signe d'un grand orage!
Quand le ciel une fois attaque un grand destin,.
Il presse rarement qu'il n'étouffe à la fin :
Les plus grands à ses coups sont de plus grandes buttes ,
Et les plus hauts palais font les plus lourdes chutes.
LUSGINDK.
o dieux! quel fondement, quels sujets si pressans, Quel effroi si soudain altère ainsi vos sens?