‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 309 sur 428 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

it n'examinent point ni Tesprit ni le corps! l'ayant, n'aurez-vous pas quelque objet qui vous plaise? fne femme enrichit, et la maîtresse baise, ta se rit aujourd'hui des maris amoureux ; i leur femme est parfaite , elle n'est pas pour eux. Fn ami plus courtois est l'objet qui Tenflamme; 'ila-possèdent le corps , d'autres possèdent l'âme. .ccommodez au temps vos inclinations, t ne vous piquez point de vaines passions.

LUCÎDOR.

e respect, Filidan, qu'on doit à ce mystère toit retirer nos cœurs des autels de Cythère , .endre dessus les sens les esprits absolus , it nourrir la vertu chez les plus dissolus; l'est là qu'un long martyre accompagne les vices ^ que la continence établit les délices , ^ue le désordre règne en des cœurs criminels , It qu'on nourrit chez soi ses bourreaux éternels. Ilille fois le soleil a pâli des carnages ^ l'infidélité produit en des ménages; £t ce malheur , qui suit un hymen vicieux , iTépargnoit pas jadis les fils mêmes des dieux : ^de eût tout vaincu , s'il eût vaincu la flamme ^ contre ses beaux' jours fit attenter sa femme , Et n'eût pas rendu l'âme , étouffé du poison , ^1 l'amour n'eût premier étouffé sa raison.

FILIBAir.

^c& discours étoient bons au siècle d'Oriane ; Minier en lieux divers c'étoit être profane : '^s plus doux changemens étoient lors inconnus , '^ le bon Amadis eût rebuté Vénus;

46o LA PÈLERINE AMOUREUSE,

Mais ses lois aujourd'hui passent pour rêverie, De même que son ordre et sa chevalerie. La résolution de ne changer jamais.

N'est plus que la yertu des hommes imparfaits; On méprise leurs vœux, et cette résistance Qu'on fait à leurs desseins établit leur consta^ce;. . D'amans ils sont censeurs, et par des titres faux Vantent une vertu qui naît de leurs défauts. Mais je vole un peu haut , retournons à Célie : Que ne peut à vos vœux permettre sa folie? Ira-t-elle après vous épier vos desseins, Et les jugera-t-elle ou profanes ou saints? Que de gens chériroient votre bonne fortune l Une femme d^esprît est toujours importune; Une jalouse humeur la traîne après vos pas, Qui lui fait voir souvent même ce qui n'est pas; Son adresse surprend l'ânie la plus sensée , Explique vos regards, lit dans votre pensée, Et fait sur vos desseins tant d'importuns efforts, Qu'elle est insupportable aux esprits les plus forts. Célie est en état de souffrir toute chose. Sans en considérer ni l'effet ni la cause ; Vous n^aurez point chez vous un Argus curieux, Dont les subtilités doivent tromper les yeux.

LUCIDOR.

Porte ailleurs tes avis ; sans conseil de personne Je suivrai là-dessus ce que l'honneur m'ordonne. Si son mal peut cesser, le moment incertain Qui lui rendra le sens. me rendra mon dessein; • Sinon, je romps mes fers, et jamais ma franchise . Ne verra d'autres yeux triompher de sa prise.

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