‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 32 sur 428 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Ses yeux perdent le jour, et moi je le respire :

La main qui tue Hercule épargne Déjanire. '

Toi, son père et son dieu, jette les yeux ici.

Et, puisque tu peux tout, sois son vengeur aussi;

Frappe ce lâche sein du trait de ton tonnerre

Le plus fort que jamais tu dardes sur la terre,

Et dont le pire monstre auroit été vaincu

Si pour te soulager Alcide n'eût vécu ;

Lance dessus mon chef le même trait de foudre

Dont de tant de géans tu Gs si peu de poudre.

Ou celui qui causa le funeste accident

D'un qui voulut du jour mener le char ardent.

Mais que veux-je du ciel? quoi! la femme d'Hercule

Au chemin de la mort est timide et recule !

Elle implore des dieux le moyen de mourir,

Et de sa propre main ne se peut secourir ! ^

Lâche , je permettrai qu'on m'impute le blâme

Qu'Hercule ait un vengeur plus zélé que sa femme !

Non , non , si sous le fer ce bras est engourdi ,

Si pour fendre ce flanc il n'est assez hardi ,

Que de cette montagne à tant d'autres fatale ,

Ce corps précipité jusqu'aux enfers dévale;

Que mon sang sur ce mont fasse mille ruisseaux ;

Qu'à ces pierres mon corps laisse autant de morceaux ;

Qu'en un endroit du toc ma main reste pendue.

Et ma peau déchirée en d'auti^es étendue :

Une mort est trop douce, il la faut prolonger,

Et mourir d*un seul coup , c^est trop peu le venger.

lujsciitde.

Quittez en ce besoin ces regrets et ces plaintes; Évitez de son btàs les mortelles atteintes ,

We vous consommez point d'un inutile ennui , Sauvez, en le perdant, quelque chose de lui : Hylus l'ayant perdu, qu'il lui reste une mère; Sauvez-vous, pour le fils, de la fureur du père; Cherchons un antre affreux, où jamais le soleil...»

DJÉJANIRE.

O timide dessein! ô frivole conseil!

Prévenons bien plutôt qu'éviter sa venue ; Exposons-lui ce sein et cette gorge nue ; Des monstres furieux il a borné le sort. Et n'auroit pas vaincu la cause de sa mort I O traître sang de Nesse ! ô femme trop crédule De ne soupçonner pas un ennemi d'Hercule! J'ai cru pour sbn malheur ce centaure inhumain , Et j'ai pris des présens de sa barbare main.

' LUSCINDE

Quoi ! voulez-vous traîner en ce malheur funeste Toute votre famille et tout ce' qui vous reste! Pourquoi de tant de coups, meurtrissez-vous ce sein ? Celui ne pèche pas qui pèche sans dessein.

DEJANIRE.

O frivole raison! en im malheur semblable, La plus pure innocence est encor trop coupable ; Au lieu que ton esprit est touché de mon mal , Tu devrois en mon sein porter le coup fatal ; Que tarde mon trépas ! que la terre troublée Ne fait de tout le monde une seule assemblée! Et qu'en mille morceaux ne vient-on déchirer Les membres de ce corps si digne d'endurer \ Que chaque natiçn à l'envi me punisse , Toutes ont intérêt en mon juste supplice ;

Page 1