‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 328 sur 428 · ANGÉLIQUE, LA NOURRICE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, LA NOURRICE

LA NOURRICE

Elle m'envoie à vous, et de sa part^ madame,

Si vous êtes sensible à l'amoureuse flamme ,

rimplore à vos genoux votre discrétion

En faveur de son sexe et de sa passion.

Les auteui^ de son être et de son dur martyre

Se donnent sur ses vœux un tyrannique empire ,

Et veulent qu'on soumette à leur autorité

La plus libre action de notre volonté.

Us immolent Célie à la recherche avare

De Lucidor charmant, incomparable et rare;

Mais son seul intérêt lui fait considérer

Cette beauté qu'un autre est heureux d'adorer.

Un amant plus sensible et plus cher à Célie

A fait naître sa flamme et sa mélancolie;

Et la nécessité d'accepter son rival

Ne pouvoit s'éviter que par un autre mal.

En ce commun dessein ils ont devancé l'heure

Qu'il faut qu'Amour triomphe et que la honte meure ;

Déjà le triste effet de leurs en^rassemens

Est visible, madame, à ces parfaits amans;

Et depuis quelques jours cette honteuse fille ,

Croyant qu'elle obscurcit l'honneur de sa 'famille,

N'ose avouer un mal quelle fit par dessein :

Elle rompt ses cheveux , elle meurtrit son sein ;

Et d'un mal nécessaire a fait des pénitences

Qu'une autre ne fait pas de ses incontinences.

On presse toutefois la fatale union

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