ANGÉLIQUE, LA NOURRICE
LA NOURRICE
Elle m'envoie à vous, et de sa part^ madame,
Si vous êtes sensible à l'amoureuse flamme ,
rimplore à vos genoux votre discrétion
En faveur de son sexe et de sa passion.
Les auteui^ de son être et de son dur martyre
Se donnent sur ses vœux un tyrannique empire ,
Et veulent qu'on soumette à leur autorité
La plus libre action de notre volonté.
Us immolent Célie à la recherche avare
De Lucidor charmant, incomparable et rare;
Mais son seul intérêt lui fait considérer
Cette beauté qu'un autre est heureux d'adorer.
Un amant plus sensible et plus cher à Célie
A fait naître sa flamme et sa mélancolie;
Et la nécessité d'accepter son rival
Ne pouvoit s'éviter que par un autre mal.
En ce commun dessein ils ont devancé l'heure
Qu'il faut qu'Amour triomphe et que la honte meure ;
Déjà le triste effet de leurs en^rassemens
Est visible, madame, à ces parfaits amans;
Et depuis quelques jours cette honteuse fille ,
Croyant qu'elle obscurcit l'honneur de sa 'famille,
N'ose avouer un mal quelle fit par dessein :
Elle rompt ses cheveux , elle meurtrit son sein ;
Et d'un mal nécessaire a fait des pénitences
Qu'une autre ne fait pas de ses incontinences.
On presse toutefois la fatale union