ACTE V, SCÈNE III. $o
Tu rends ce seul moy^n qui teste à ta valeur Contre*cefr iusolens et contre ton malheur !
]£rA8HE.
Fléau de mes vieux jours , fille aveugle et sans honte\ Que l'honneur abandonne et que le vice dompte, De quel œil puis-je voir tes gestes insolens, Et souffrir ces efforts honteux et violens ?
(Alix Archen.)
Traînez, n'attendez plus.
C£LiE, àgenoux.
Que le saint nom de père Pour m'entendre un moment force votre colère. Il est vrai , j'ai failli ; mais la nécessité De bannir un rival fît ma facilité.
Lëandre n'est pas noble en votre connoissance , Mais un faux vêtement vous cache sa naissance; Il est noble et puissant ; ma seule occasion Fait son déguisement et sa confusion :
L'espoir de gouverner, une indigne maîtresse L'a fait sous ces habits déguiser sa noblesse ; . Il a fait de son nom un commun changement : *
Lucidor est le nom de ce parfait amant; L'Espagne est son pays, Valence fut sa ville, Et sa profession n'est ni basse ni vile ; L'épée est son pinceau : des princes et des rois Se sont vus obliger à ses rares exploits.
GELiANTE, ui^ec étonnement.
Ton nom est Lucidor?
Oui , si dans ma mémoire Il reste quelque éclat de ma première gtoire^
5o4 LA PÈLERINE AMOUREUSE,
En autre occasion j'ai paru d'autre rang ,
Et j'ai peint quelquefois des campagnes de sangit
GIÊLIANTE.
' O dieux! le vain esprit, et de quelle impudenee 11^ espère à mes yeux réparer son offense !
LIÊANDRE.
Un jour la -vérité finira mes ennuis,
Et ton malheur alors prouvers^ qui je suis*.
Je crains fort ce danger ! Ma rencontre importune
Est un .fatal obstacle à ta bonne fortune;
Et, sachant qui je suis, tu chercherois ailleurs
Le titre nécessaire à finir tes malheurs:
Valence- çst mon pays , Lucidor fut mon frère ,
Et le ciel a fini sa vie et sa misèi:^.
Tu devois souhaiter, pour ton contentement,
Une ruse meilleure ou mon éloignement,
L1ÊANDB.E.
Ija pure vérité cause mon assurance ,
Et je n'emprunte rien d'ui^e vaine apparence^
Cléonis est mon père, et le prince du jour
A fait de ses maisons vingt fojs le même tour
Depuis que dans Bysance u?i rigoureux servage,
Exerçant ma constance , a consumé mon âge ;
Enfin , et mon courage et ma fidélité
Ont fait au grand-seigneur signer ma liberté.
J'ai voulu voir Florence , où les yeux de madame ,
Ont ,été les auteurs de ma pudique flamme ;
Et la peine que j'eus de la voir librement
M'a depuis fait résoudre à ce déguisement.