‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 348 sur 428 · ACTE V, SCÈNE III. $o · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. $o

Tu rends ce seul moy^n qui teste à ta valeur Contre*cefr iusolens et contre ton malheur !

]£rA8HE.

Fléau de mes vieux jours , fille aveugle et sans honte\ Que l'honneur abandonne et que le vice dompte, De quel œil puis-je voir tes gestes insolens, Et souffrir ces efforts honteux et violens ?

(Alix Archen.)

Traînez, n'attendez plus.

C£LiE, àgenoux.

Que le saint nom de père Pour m'entendre un moment force votre colère. Il est vrai , j'ai failli ; mais la nécessité De bannir un rival fît ma facilité.

Lëandre n'est pas noble en votre connoissance , Mais un faux vêtement vous cache sa naissance; Il est noble et puissant ; ma seule occasion Fait son déguisement et sa confusion :

L'espoir de gouverner, une indigne maîtresse L'a fait sous ces habits déguiser sa noblesse ; . Il a fait de son nom un commun changement : *

Lucidor est le nom de ce parfait amant; L'Espagne est son pays, Valence fut sa ville, Et sa profession n'est ni basse ni vile ; L'épée est son pinceau : des princes et des rois Se sont vus obliger à ses rares exploits.

GELiANTE, ui^ec étonnement.

Ton nom est Lucidor?

Oui , si dans ma mémoire Il reste quelque éclat de ma première gtoire^

5o4 LA PÈLERINE AMOUREUSE,

En autre occasion j'ai paru d'autre rang ,

Et j'ai peint quelquefois des campagnes de sangit

GIÊLIANTE.

' O dieux! le vain esprit, et de quelle impudenee 11^ espère à mes yeux réparer son offense !

LIÊANDRE.

Un jour la -vérité finira mes ennuis,

Et ton malheur alors prouvers^ qui je suis*.

Je crains fort ce danger ! Ma rencontre importune

Est un .fatal obstacle à ta bonne fortune;

Et, sachant qui je suis, tu chercherois ailleurs

Le titre nécessaire à finir tes malheurs:

Valence- çst mon pays , Lucidor fut mon frère ,

Et le ciel a fini sa vie et sa misèi:^.

Tu devois souhaiter, pour ton contentement,

Une ruse meilleure ou mon éloignement,

L1ÊANDB.E.

Ija pure vérité cause mon assurance ,

Et je n'emprunte rien d'ui^e vaine apparence^

Cléonis est mon père, et le prince du jour

A fait de ses maisons vingt fojs le même tour

Depuis que dans Bysance u?i rigoureux servage,

Exerçant ma constance , a consumé mon âge ;

Enfin , et mon courage et ma fidélité

Ont fait au grand-seigneur signer ma liberté.

J'ai voulu voir Florence , où les yeux de madame ,

Ont ,été les auteurs de ma pudique flamme ;

Et la peine que j'eus de la voir librement

M'a depuis fait résoudre à ce déguisement.

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