ACTE V, SCENE III. 5o
Tai, pour charmer le temps et pour me satisfaire. En mes plus jeunes ans appris l'art de portraire : Et j'aimois par instinct cette condition, Comme un moyen futur à mon affection,
CiLIANTE.
O dieux! qu'ai-je entendu? Jadis un sort contraire Entre les mains des Turcs avoit livré mon frère, Et le long déplaisir de ne le revoir pas Ifous ayoit seulement fait croire son trépas. Est-ce lui que je vois ?
Chrisante est noire mère.
ClÉLIANTE.
Cést lui , n'en doutons plus. Que le ciel m^est prospère , Et qu'un secret instinct me fait voir clairement Ce bien que je retrouve en cet heureux moment!
LJÊAICDRE.
Le temps et mes ennuis durant ce long voyage Ont de mon souvenir effacé votre image ; Mais aveC' votre nom , votre confession Établit ma .croyance et mon affection,
CJÉLIANTE.
O céleste rencontre ! ô divine aventure ! Que de joie en ce cœur excite la nature ! Nos vœux sont exaucés, mon frère voit le jour, Et le ciel me le rend en cet heureux séjour.
ÉRASME
O divin changement!
GÉLIANTE.
Accordez cette belle \ux saintes passions d'un amant si fidèle;
5o6 LA PÈLERITCE AMOUKEUSj;, Cest hii, n'en doutez pins; et sa.condkîotf ' Le rend digne, monsieur, de son amèition; Ses biens et son mérite égalent sa naissance ^ Et son chaste dessein répare son ofTense.
Je ne conserve point, en ce bien sans égal, Plus de ressentiment qne son propre rivai* D'une commune voix bénissez l'aventure Qui conserve ses jours et répare l'injure;
( Aux Archers. )
Et vous, en ces plaisirs dont nous comblent les cieux, Laissez régner la joie et la paix en ces lieux. Lucidor souffre assez, ses flammes sont ses peines, Et les liens d'amour seront ses seules chaînes.
( Les Archers sortent.) C]ÉLIAirTE.
Quels vœux succéderont au mauvais traitement D'un frère injurieux en son aveuglement? Quels services rendus , quelles peines futures Vous pourront , Lucidor , réparer ces injures , Si le ressentiment d'un cœur intéressé N'excuse les discours qui vous ont offensé?
LUCinoR, sous le nom de Léandre.
Partagez les plaisirs que le ciel nous envoie ; Je ne puis condan^Ar la cause de ma jjoie y Et j'excuse aiséitient un aveugle courroux A qui je suis tenu d'un changement si doux. Que les prospérités succèdent aux supplices; Oublions nos ennuis, et goûtais nos délices. Enfin le ciel, Célie, est pfopice à mes vœux. Et mes maux sont suivis de la lin que je veux..