ALCMÈNE, HERCULE, PHILOCTÈTE
ALCMÈNX.
Voilà donc ce vainqueur de la terre et de Tonde ! 0 cruel changement! ô douleur sans seconde! O d'un jaloux soupçon épouvantable effet, Et pareil au rapport qu'Agis nous en a fait!
HERCULE
Voyez où m'a réduit cet accident funeste! Voyez de votre fils le déplorable reste! Contemplez le présent que vous tenez des cieux! - Pourquoi de cet objet détournez-vous les yeux? Est-ce que vous feignez d'ignorer ma naissance? Ou qu'à ce nom de fils votre oreille s'offense? Cessant d'être indomptable et d'être triomphant, îTaurois-je point cessé d'être aussi votre enfant?
ALCMEicE , pleurant.
Quel Cerbère nouveau , quel monstre achérontide , Quel lion ou quelle Hydre a triomphé d'Alcide ?
HERCULE
. Un monstre fiirieux , invincible , sanglant , Et de tous, le plus fort et le plus violent.
ALCMÈNE
Mais c[uel?
HSRCULE.
La jalousie.
ALGMÈITE.
O fureur insensée, Qu'à d'étranges desseins tu portes la pensée ! O détestable femme! ô lâche trahison!
HEAGULE.
Alcide a vaincu tout, et cède à ce poison! Ce feu ne cesse point ; la toile qu'il allume , Attachée à ce corps , avec lui se consume : En vain tout mon effort s'emploie à l'arracher. Yoilà le sort du fils que vous eûtes si cher.
ALCMÈNE
o déplorable sort!
HERCULE
Impuissant dieu des ombres!
"Vieux monarque des morts ! roi des demeures sombres! Lâche que j'affrontai jusqu'aux creux des enfers , Qu'appréhendoit ton peuple, et que feisoient tes fers? Que n'as-tu retenu sur tes affreuses rives Ce corps qui jusqu'à toi pousse ces voix plaintives? Ouvre encore à mes cris ton horrible manoir, Et fais qu'en cet état l'enfer me puisse voir : La mort ne craindra plus que ce bras la surmonte, Et ma confusion dissipera sa honte.
Quoi! le monde et l'enfer, tout est sourd à mes cris! O pitié trop cruelle! ô barbares esprits! Terre, ingrat élément, dont j'ai purgé les vices, Qu'un de tes habitans paye tant de services! Qu'il tente sur ma vie un pitoyable effort >