ACTE IV, SCÈNE IL S
Pour prix de tant d'exploits , je ne veux que la mort. Suscite un Gérion, fais paroitre un Typhée...» Mais je sens par le feu ma voix même étouffée ; Et ce corps dénué de sang et de vigueur, Après tant de tourmens, succombe à sa langueur.
( 11 tombe conune cf anoiii. ) ALCMÈNE.
Mon fils, 6 ciel! 6 dieux! cette extrême foibiesse Prouve Textrème effort de l'ardeur qui le presse! Son sein est travaillé d'un cruel battement, Et l'air lui donne' k peine un peu d'allégement. Ciel , sois-nous favorable et soulage sa peine , Oblige l'univers en obligeant Alcmène ; Conserve son vengeur, son prince et son appui ^ Et, bornant ses douleurs, termine mon ennui.
PHILOCTÈTE
Madame, réprimez ces plaintes inutiles, Et laissez du repos à ces membres débiles; Sa guérison , peut-être , après ce long tourment , Suivra selon nos vœux cet assoupissement; Mais il lève déjà sa tête lourde et lasse ,] Son travail recommence et son repos se passe.
HERCULE
Que Tois-je? en quel pays aux portels Inconnu , Et si plaisant aux yeux , Hercule est-il venu ? Quel favorable sort a fini mes désastres. Et m'a fait obtenir un rang entre les astres i^ 0 divin changement! 6 miracle divers!
Mon père à ma venue accourt les bras ouverts î Tout me rit, et Junon, par ma mort assouvie, M'offre le vin qui donne une étemelle vie !
Je vois sur le soleil, et plus haut que le j6ur^ Le palais de mon père, et son trône et sa cour* Suivez, globes d'azur, votre course rapide. Et que toute clarté cède à celle d'Alcide ; Que ces feux étemels, d'eux-mêmes impuissf^iis-. Empruntent leur ardeur de celle que je sens. Mais de quelle ombre, ô ciel! ces clartés sont suivies! Quelle nuit m'a sitôt ces merveilles ravies? O dieux! tout mon bonheur s'efface en un moment^ Et je retombe enfin en ce triste élément! Je revois ces forêts et la fatale plaine Où ce mortel poison a commencé ma peine* O douleur infinie ! ô dure cruauté !
. Que doit résoudre Alcide en cette extrémité? De quoi se peut nourrir cette fiamme cruelle ? Ce corps est épuisé de sang et de moelle; Et ce mal toutefois devient plus furieux: O tourment trop sensible ! ô rage ! o ciel ! ô dieux î
ALGMÈiTE, aPhUociete^ Hélas! suivez ses pas.
HERCULE
Dans le sein de Pénée Courons précipiter cette ardeur obstinée. Tentons une autre fois la faveur de son eau, Qu'il me soit favorable ou qu'il soit mon tombeau.
(Il sort, Philoctéte le suit.) ALGMÈNE seule.
Alcmène infortunée , en quel endroit du monde Iras-tu regretter ta perte sans seconde? Que deviendront les noms qu'on te donne en ce lieu.. De mère d'un héros et d'amante d'un dieu? Voyant sous un tombeau ces muettes reliques,