SCÈNE IV
CÉPHISE, CÈLIBOR endormi.
CEPHISE.
Redoublez vos accès, amoureuses atteintes : Je vois l'indigne objet de mes secrètes plaintes. Que d'un prompt changement mes esprits sont touchés ! Céphise , que crains-tu ? tes vainqueurs sont cachés : Un aimable repos tient ses paupières closes; Tu ne verras en lui que des lis et des roses; Il n'offre à tes regards que ses moindres appas, Et ces astres couverts ne t'éblouiront pas. Psyché, le cœur saisi d'une crainte pareille, S'approche quelquefois de l'Amour qui sommeille , Et Vénus, observant ces respects infinis, En faveur du sommeil va baiser Adonis.
554 LE FILAN0RE,
En ce ravissement que l'amour et la crainte En l'esprit d'une fille apportent de contrainte I Hélas! qu'opposerai-je à ce doux ennemi Quand il est éveillé, s'il me blesse endormi? Mais, ô frivoles pleurs! ménageons sa présence Que je dois au sommeil plus qu'à sa compiaisanoe.
(Elle se met « genoux auprès de lui.)
Voyons avec plaisir ce visage charmant, . Si doux et si fatal à mon contentement; Admirons en i epos ces attraits qui m'en jprivent , Et baisons sans rougir ces mains qui me captiveo^, Croissez, saintes ardeurs qui consumez mon cœur; Il est doux de souffrir pour un si beau vainqueur^
( Elle touche ses cheyeux. )
Chers liens des esprits , jadis des mêmes tresses Le roi de la lumière enchaînait ses maîtresses. Votre nombre infini , beaux chaînons déliés , N'égalent pas celui des cœurs que vous liez. Céphise, use du temps, et que ces belles chaînes, Si tes soupirs sont vains , au moins payent tes peines,
(Elle tire des ciseaux d^un étui )
Coupe de ces cheveux , mais si subtilement Que tu n'éveilles pas cet agréable amant, O larcin précieux! ce trésor estimable Çst le sujet du crime , et liera le coupable.