ï:s mêmes; FILANDRE
Géphise, qua fais-tu?
ciPHISE.
Qui porte ici tes pas?
Tu pourrois l'éveiller ; attends , n'approche pas.
Tu ne peux contenir ton ardeur apparente ;
Et quand je plains mes maux tu fais Tindifférente.
GEPUISE.
Je ne prévoyois pas tes regards indiscrets ; Et tous effets d'amour sont beaux s'ils sont secrets. Je ne me cachois pas aux objets de ces plaines; Je ne redoutois point ces fleurs ni ces fontaines; Comme elles ce rocher n'entend , ni voit , ni sent , Et toi seul as connu ce larcin innocent. Ta vue eût diverti cette jeune licence ; Mais c'est à Célidor une légère offense.
Ses cheveux lui sont chers.
GJÉPHISE.
Mon cœur m'est cher aussi, Et l'ingrat me l'a pris. Mais tirons-nûÉs fl'ici , Et viens sous ce feuillage en quatre mots apprendre Ce que j'ai fait tantôt en faveur de Filandre.
En ce même entretien tu sauras à ton tour Avec combien d'ardeur j'ai servi ton amour.
( lis s'en vont dans le bois.)
cÉLiDOR, endormi.
O merveille adorable aux yeux de to&t le monde , Nérëe, arrête ici ta coqrse vagabonde; Vois la sueur épaisse et les ruisseaux de pleurs Dont j'arrose tes pas imprimés sur ces fleurs. Elle fuit, Tinhumaine, et sa vitesse extrême Egale en ces déserts celle du foudre même. Hélas ! je ne vois plus cet objet précieux ; Ses détours infinis l'ont ravie à mes yeux.
( Il se soulève. )
Cours, malheureux amant, emploie ici ta peine, Et perds en l£| servant la vie ^près l'haleine.
(Il s'^veilie. )
Que vois-je, que poursuis-je, insensé que je suis?
O réveil importun ! 6 clarté que je fuis ,
Porte ailleurs tes rayons; laisse au feu du tonnerre
Le soin d'illuminer cet endroit de la terre.
Ma mort sera le prix du jour qu'il donnera,
Et mes jours achevés, ton astre éclairera.
( Il se lève. )
Enfin que résoudra ma douteuse pensée
En Tesctrême douleur dont mon âme est pressée ?
Ferai-je à cette ingrate et perfide beauté
Voir le dernier effet de sa légèreté?
Ma main teinte en mon sang , et ma vue égarée
Me procurera-t-elle un soupir de Nérée?
Ah ! que je tîoi^erois mon destin glorieux
Si , mourant , je tirois des larmes de ses yeux )
Que je préférerois une mort regrettée
A la possession d'une âme rejetée,
D'un rebut de Nérée!