SCÈNE V
THÉANE, NÉRÉE.
THIÉANE.
Ah dieux! que ton conseil m'est enfin salutaire!
Pour leur fermer la bouche , il ne faut que se taire. Mais sachant quel malheur traverse mon amour, Thëane, tu me dois du conseil à ton tour.
THÉAWE.
Fuis sans délibérer un ingrat qui t'oublie ;
D'un généreux effort romps le nœud qui vous lie: v
Le temps éloignera cet objet odieux
De ton' triste ||énser, s'il est loin de tes yeux.
Le temps et la raison font ces métamorphoses ;
Us sont maîtres d'Amour, qui l'est de toutes choses.
Mais j'offre du remède au point de mon trépas;
Je donne des avis et je n'en use pas.
Comment?
THIÉANE. ' ^
Hélas! ihfaut que je confesse
Mais te dois-je avouer cette ardeur qui me presse? Que me sert de t'oiivrir les secrets de mon sein , Qu'à me rendre plus lâche et ton frère plus vain ?
Mon exemple t'oblige à cette confiance ; Théane, l'aimes-tu? Que j'ai d'impatience!
THÉANE.
Je l'aime, je l'avoue;' et ce superbe cœur
Qui vainquit tant d'appas a trouvé son vainqueur.
NERÉE
O glorieux effet d'amour et de justice, \
Il n'est point de rigueur que le temps ne bannisse.
Il craignoit ton abord, et, s'il osoit te voir,
Les foudres de tes yeux ëtouffoient son espoir. -
Jamais l'aversioi^ n'a paru si constante
Qu'à combattre en ton cœur les désirs de Thimante.
Ta rigueur si long-teipps l'a traité de refus,
Et tu lui donnes tout quand il n'espère plus.
ïl n'attend que la niort^, mélancolique, sombre,
Triste, pâle , défait, et déjà moins qu'une ombre :
Mais s'il ne te déplaît , si ton dessein est tel ,
Courons, faisons un dieu de l'ombre 4bin mortel.
Seule , iral-je finir s^ triste rêverie? * "
Je reviens de ce pas; laisse-moi, je te prie.
THÉANE, la retenant.
Non , non , que veux-tu faire? Eh quoi! ne sais-tu pas...
I7EREE.
J'ai dessein seulement d'empêcher son trépas. Je ne parlerai point de ta naissante peine; J'arrêterai son âme; et, sans la rendre vaine, Il laissera bientôt le dessein de mourir S'il apprend seulement que tu le peux souffrir.