ACTE III, SCÈNE II
SCfNE II.
THIMANTE, THÉANE.
THiMAifTE, retenant Théane par sa robe.
Théane, où fuyez-vous? Ame insensilile et fière, ' Des amans de ces lieux prgueilleuse meurtrière , Prêtez un seul moment Foreille à mes discours; Je ne veux implorer ni pitié ni secours.
THEANE.
Que te profiteroient de si dures contraintes? Tu n'es plus en état de m'adresser tes plaintes. Effronté, laisse-moi.
( Elle sort.) THIMAWTE SeuL
Cours, ingrate beauté.
Et fais plus que tes jours durer ta cruauté; Egale à tes attraits ta rigueur inhumaine ; Un généreux dessein me peut tirer de peine. Je ne tenterai point des efforts superflus. Sans changer ton esprit je puis ne souffrir plus: La mort me tirera des fers oii je soupire, Et ce dernier dçs maux finira mon martyre.
Insensible Théane, accordez un moment Au récit des douleurs d'un misérable amant,
THÉAiTE, à Nérée.
O dieux! que m'as-tu dit?
Ingrate, inexorable.
Fais-moi voir ce bel œil sévère ou favorable. Cruelle, je consens que mes soupirs soient vains; Mais ouvre au moins sur moi ces astres inhumains, Et ne refuse pas à ma douleur profonde Ce que ta courtoisie accorde à tout le monde. Orgueilleuse, esprit rare entre les vains mépris, Quelle rigueur insigne égale tes esprits?
THKAi^E, se tournant vers lui dédaigneusement* Importun , laissez-nous.
FILANDRE; à Théane^ qui continue de ne point
Vécouter.
Indigne objet que j'aime, Que le ciel irrité te traite un jour de même; Que la douleur préside en ce cœur de rocher. Et qu'alors tes soupirs ne le puissent toucher; Qu il te rende un exemple horrible à tes pareilles; Qu'il ferme à tes souhaits les yeui^ et les oreilles;. Qu'il s'oppose à tes vœux, et que tes vanités Exercent la rigueur de ses divinités.
Le temps est absolu sur les plus belles choses : Il n'épargnera pas ni ces lis ni ces roses; Un léger accident peut gâter ce beau teint. Et changer les couleurs dont ce visage est peint. Tu peux ne causer plus ni passion ni peine.