ACTE III, SCÈNE VI
CiPHISE.
Tu sais que mes douleurs ont gagné sa pitié ,
Qiiè son cœur est sensible à ma longue amitié. ^
Il t'a long-temps servie; et je jure, Nérée,
Que j'ai long-temps aussi ton amour révérée.
Le respect que j'ayois pour tes vœux innocens
M'a fait long-temps cacher les douleurs que je sens :
Je soufTrois tes plaisirs aux dépens de ma joie,
Et n'osois demander ce que le ciel m'octroie.
Mais qui vit sans se plaindre au milieu des tourmens ,
Et quel respect enfin ne forcent les amans ?
Je n'osois desservir ton amour si connue:
Mais le désir croissant , la crainte diminue ;
Et j'ai fait à l'Amour employer tous ses traits
Pour toucher cet auteur des plaintes que tu fais;
J'ai tenté tous moyens, tant qu'enfin mon adresse
Ou sa facilité m'établit sa maîtresse.
Il feint subtilement et ses sermens sont vains ,
Ou je donne des lois au plus beau des humains.
Mais écoute comment j'ai pris ces belles chaînes
A cet aimable auteur de nos communes peines :
J'employai la prière , et son humilité
Lui fit blâmer long-temps ma curiosité.
Les cheveux, me dit-il, sont des présens des dames
Qui montrent d'agréer le servage des âmes;
Mais on n'a jamais vu qu'une fille ait porté
Ces signes de bassesse et de captivité.
Céphise, dis-je alors, sera donc la première :
Là mon autorité succède à ma prière;
J'approche les ciseaux , et coupe ces cheveux
Que n'osoit m' accorder cet objet de mes vœux.
Rend-les-moi. Que fais-tu?
nfÉRÉE , rompant les cheveux.
Ce qu'en ma juste rage
Je ferois de bon cœur si j'avois ce volage.
GÉPHISE.
O dieux!
NIÉRÉE.
J'oblige encor cet infidèle amant Par des signes honteux de mon ressentiment : Le sujet de sa gloire est joint à son supplice, Et c'est l'avoir aimé que de punir son vice.
géphise'.
Fais ce qui te plaira ; mais que ta passion Exerce à mes dépens ton indiscrétion , Notre seule amitié rend ce mal supportable , Et d'autres t'en feroient une peine équitable.
KlÉRliE.
T'imputé-je les maux dont mes jours sont suivis,
Et t'ai-je reproché ce que tu me ravis ?
Tu poursuis Célidor , et , perdant sa franchise ,
Je ne t'accuse pas toutefois de sa prise :
Aime ce beau vainqueur , tout coupable qu'il est.
Dieux! qu'il est malaisé d'oublier ce qui plaît!
THÉANE.
Donc pour Céphise on quitte* et Théane et Nérée j Celle qui la fut moins est la plus honorée. Peut-être ton malheur avoit charmé les yeux Quand tu ne plaisois pas aux amans de ces lieux: Mais aujourd'hui tout cède à tes grâces divines ; Tu peux tout maintenant , riche de nos ruines. Thi mante t'a-t-il fait agréer son souci,