‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 398 sur 428 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

CiPHISE.

Tu sais que mes douleurs ont gagné sa pitié ,

Qiiè son cœur est sensible à ma longue amitié. ^

Il t'a long-temps servie; et je jure, Nérée,

Que j'ai long-temps aussi ton amour révérée.

Le respect que j'ayois pour tes vœux innocens

M'a fait long-temps cacher les douleurs que je sens :

Je soufTrois tes plaisirs aux dépens de ma joie,

Et n'osois demander ce que le ciel m'octroie.

Mais qui vit sans se plaindre au milieu des tourmens ,

Et quel respect enfin ne forcent les amans ?

Je n'osois desservir ton amour si connue:

Mais le désir croissant , la crainte diminue ;

Et j'ai fait à l'Amour employer tous ses traits

Pour toucher cet auteur des plaintes que tu fais;

J'ai tenté tous moyens, tant qu'enfin mon adresse

Ou sa facilité m'établit sa maîtresse.

Il feint subtilement et ses sermens sont vains ,

Ou je donne des lois au plus beau des humains.

Mais écoute comment j'ai pris ces belles chaînes

A cet aimable auteur de nos communes peines :

J'employai la prière , et son humilité

Lui fit blâmer long-temps ma curiosité.

Les cheveux, me dit-il, sont des présens des dames

Qui montrent d'agréer le servage des âmes;

Mais on n'a jamais vu qu'une fille ait porté

Ces signes de bassesse et de captivité.

Céphise, dis-je alors, sera donc la première :

Là mon autorité succède à ma prière;

J'approche les ciseaux , et coupe ces cheveux

Que n'osoit m' accorder cet objet de mes vœux.

Rend-les-moi. Que fais-tu?

nfÉRÉE , rompant les cheveux.

Ce qu'en ma juste rage

Je ferois de bon cœur si j'avois ce volage.

GÉPHISE.

O dieux!

NIÉRÉE.

J'oblige encor cet infidèle amant Par des signes honteux de mon ressentiment : Le sujet de sa gloire est joint à son supplice, Et c'est l'avoir aimé que de punir son vice.

géphise'.

Fais ce qui te plaira ; mais que ta passion Exerce à mes dépens ton indiscrétion , Notre seule amitié rend ce mal supportable , Et d'autres t'en feroient une peine équitable.

KlÉRliE.

T'imputé-je les maux dont mes jours sont suivis,

Et t'ai-je reproché ce que tu me ravis ?

Tu poursuis Célidor , et , perdant sa franchise ,

Je ne t'accuse pas toutefois de sa prise :

Aime ce beau vainqueur , tout coupable qu'il est.

Dieux! qu'il est malaisé d'oublier ce qui plaît!

THÉANE.

Donc pour Céphise on quitte* et Théane et Nérée j Celle qui la fut moins est la plus honorée. Peut-être ton malheur avoit charmé les yeux Quand tu ne plaisois pas aux amans de ces lieux: Mais aujourd'hui tout cède à tes grâces divines ; Tu peux tout maintenant , riche de nos ruines. Thi mante t'a-t-il fait agréer son souci,

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