ACTE IV, SCÈNE IV. 58i
Inutiles discours ! mon cœur dément ma voix. Pour flatter mon tourment j'en méprise la cause ; Mon sentiment détruit ce que je me propose : Théane est adorable , et les maux que je sens Sont un léger effet de ses charmes puissans ; Tout prise , tout révère une beauté si rare ; Et qui s'en peut défendre est aveugle ou barbare. Je plains injustement les maux que j'ai soufferts : Des princes seroient vains de l'honneur de ses fers. Mais qu'espéré-je enfin d'un glorieux servage? Ne pouvant par raison, forçons-le par courage; Publions sans dessein qu'elle a beaucoup d'appas ; Estimons sa prison , mais n'y demeurons pas. O frivole entretien! un captif délibère Et parle absolument de ce qu'il ne peut faire j Il parle de souffrir ou violer ses lois. Comme si sa beauté m'en permettoit le choix , £t ne conservoit pas sans dessein les franchises Que sans dessein aussi cette insensible a prises. Enfin que résoudrai-je entre tant de desseins? Puisqu'à me secourir tant de discours sont vains, Ne délibérons plus et souffrons toute chose , Puisqu'il faut endurer, quoi que je me propose. Je vois ce rare objet qui gouverne mon sort : Devoisije souhaiter ou craindre soi;i abord?
58a LE FILANDRE,