ACTE IV, SCÈNE VI
Arrêtez, Célidor; dieux! quelle ardeur extrême Vous fait tant oublier mou respect et vous-même?
FILANDRE, fiant.
Modère un peu, mauvais, des transports si soudains. Que tu t'emportes , frère , à d étranges desseins ! Peins de ses premiers traits ce visage sévère; Epargne un peu mes jours; ma mort te coûte un frère. Ton courage est trop prompt, et ne peut m' affliger De la perte du jour sans te désobliger.
CELIDOR,
Que deux puissans respects, l'amour et la naissance Te servent aujourd'hui d'une heureuse défense!
Il conserve mes joursl
CELIDOR.
Avec ta lâcheté.
Le plus généreux tronble en cette extrémité,
CÉLIDOR.
Ton exemple le prouve.
FILANDRE, tirant Pépée.
Enfin ton arrpgance Porte ta vaine humeur à trop d'extravagance : Ton discours si superbe et si respectueux Fait souffrir trop long-temps un cœur impétueux^
(Les deux sœïirs ôteot à Filandre et à Célidor leurs épées pour les empêcher de se baUre. )
Non, non, dispensez-nous de plus longues contraintes: Un moment finira sa folie et vos jâ*aintes.
THÉAITE.
Quoi , mon autorité s'exerce vainement ! Tout respect est banni de l'esprit d'un amant f Filandre, où songez-vous?
ciLiooR, voulant reprendre son épée des
mains de Nérée.
Souffrez, belle Nérée
ir£R££*
Non , calme les transports dç ton âme altérée \ Cesse d'aimer Céphise , ou respecte sa sœur Qui peut de ses beautés, te rendre possesseur.
( Célidor la regarde tout interdit.)
La crainte de rougir du titre d'infidèle , T'empêche d'avouer que tu souffres pour elle? Mais suis , perfide esprit , tes aveugles désirs ; Que sa possession te comble de plaisirs ; Je ne m'oppose point à ton ardeur nouvelle; J'offre de te servir auprès de cette belle , Si ce charmant objet de ton affection Ne partage avec toi ton inclination.
O sensible malheur!
GÉifDOR.
Insensible, inhumaine.
Si vous ne finissez, n'accroissez point ma peine. Que les yeux de Céphise aient rien pu dessus moi! Et que je les préfère aux astres que je vois ! Que ce cœur seulement pût rendre sa franchise A des charmes plus forts que tous ceux de Céphise! Ayez, belle Nérée, un meilleur sentiment Et de votre mérite et de mon jugement.