‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 413 sur 428 · FILANDRE, CÉPHISE · texte numérisé non relu

FILANDRE, CÉPHISE

FI1?ANDR

JNoTRE commune ardeur éprouve en son excès ^'^ D'un malheureux dessein un malheureux succès ; Et le ciel , qui sait tout , a fait voir sa puissance A montrer Timposture et prouver Tinnôcence. Notre artifice est vain,

CIÊPHISE. ,

Je n'espérois pas miei^x :

Le malheur suit toujours un dessein vicieux.* Quelque adresse qu-on ait à causer ces ombrages^ La yérité paroît et force tous nuages.

Nous pouvions pour un temps désunir leurs esprits; Mais un parfait amour obtient toujours son prix. Ainsi toute espérance enfin nous abandonne : Souffrons pour leur repos puisque le ciel Tordonne, Et laissons prospérer un légitime amoyr. Tu vas m'entretenir de la perte du jour; ' Et , si je connois bien ton débile courage , Tu ne vas témoigner que désespoir, que rage , Tome II. 38

' Tu vas à ton secours implorer le trépas; Fais ce qui te plaira, mais je ne mourrai pas. Ne crois pas qu'au besoin ma constance me laisse c J'ai part en ton malheur, et non en ta foiblesse«t

.VILAKBUE.

Mon cœur seroit plus fort en cette adversité Si je croyois mes yeux dignes de la clarté ; Mais je crois que le ciel ne me luit qu'avec peine ; Je suis de tous objets et l'horreur et la haine , Et je naquis pourvu de la nécessité De déplaire à chacun et d'être rebuté.

GBPH18S*

Ta seule modestie est si considérable ^ Qu'elle te rend partout un objet adorable. Ne ie rebute point des mépris de ma sœur : Un qui ne te vaut pas en sera possesseur ; Et je connois, Filandre, une fille aussi rare Que tu n'éprouverois ni sourde ni barbare , , Et qui , plus favorable à tes moindres tourmens , Te donneroit de toi de meilleurs sentimens.

Un avertissement de pareille importance , Si tu me dis son nom, sera ta récompense; Je connois un captif qui rècevroit tes fers. Et qui les baiseroit se les voyant offerts.

GJÉPHISE.

Je n'ai pas ce malheur d'être tant méprisée; Et si je déplais fort , je suis fort abusée. J'estime que mon sort n'est pas si rigoureux Que je ne pusse plaire à quelque malheureux : Quelques-uns par pitié partageroient mes peines. Mais quel est ce captif qui baiieroît mes chaînes?

Page 1