SCÈNE III
Les MiHEs;, THÉANE.
THÉANE, avec colère.
Sus, de quoi s'armera mon dessein légitime?
Aveugles ennemis d'une si belle amour,
Traîtres , Thimante est mort , et vous voyez le jour !
Suivons les mouvemens de la haine enragée
Que produit en ce cœur mon amour outragée ,
£t par un juste effort étouffons de ces mains
Ces monstres, le mépris et Thorreur des humains.
FiLAiïDRE, a genoux.
Coupable de sa mort, auteur de l'artifice, Je confesse le crime et j'attends le supplice, Thimante étoit constant^ j'ai trahi ses desseins; Céphise me servoit, et nos efforts sont vains. Un tragique succès a suivi l'imposture ; Et ma mort doit finir enfin cette aventure. Vous épargnez un traître, et vos biras engourdis Sentent en ma faveur leurs efforts refroidis. Le soleil en pâlit, et cet astre s'irrite De quoi vous différez la mort que je mérite. , Privez-moi de sa vue , et vengez librement ^
Sur ce coupable corps le trépas d'un amant. ' .^ Je suis dû pour victime à son âme ravie. Et sans aveu des dieux j'ai ce reste de vie. Si l'on a vu mon crime , on murmure là-bas De quoi le ciel diffère un si juste trépas.
' THIÊANE.
Si contre ma fureur tu restes sans défense. Ton châtiment dépend de ton obéissance : Pour recevoir ta peine obéis seulement.
Et consens à l'effet de mon commandement,
Ne différez donc plus : quel arrêt équitable Peut réparer le crime et punir le coupable. Ce traître, le plus vil des amans de ces lieux. Le mépris de la terre et la haine des cieux ?
THÉANE.
Je ne trouverois pas en la fin de ta vie Ni Thimante vengé, ni ma rage assouvie: Mais ton obéissance accomplit ce dessein Si tu portes ce fer en ce barbare sein.
(Montrant sa gorge.)
Ici ma passion implore ton courage :
Force pour mon repos ce respect qui m'outrage;
Joins au crime d'amour un crime de raison ,
Et par ta cruauté lave ta trahison : .
Répare, lâche auteur du deuil qui me tourmente,
Le trépas de Tamant par la mort de l'amante ;
Que j'aie en son malheur une commune part;
Ouvre ce cœur ingrat qui s'est ouvert trop tard ;
Je bénirai ta n^ain , quelque effort qu'elle fasse :
Deviens un peu barbare , et tçtp, crime s'efface.
Vivez, vivez, madame, et cherchez en ma mort A vos cruels ennuis un peu de reconfort ; Pour votre allégement rendez- la plus cruelle; Obtenez de là-haut qu^elle soit éternelle,