‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 421 sur 428 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

THÉANE, CÉPHISE, DORILAS; et THIMANTE,

qui d abord ne les \f oit point,

THÉAWE, étonnée.

C'est lui, n'en doutons plus.

CiPHISE.

O destin favorable!

THIMAITTE.

Mais quel doit être enfin l'espoir d'un misérable Dont l'amour ni la mort , notre dernier recours , Ne peuvent consentir d'accorder le secours?

CISPHISE.

Allons, que son repos succède à sa tristesse. Laissons agir un peu la douleur qui le pressé.

CEPHISE.

Connoissant qu'elle sert de preuve à ton pouvoir , Fille vaine et superbe, il t'est doux de la voir,

THIMANTE.

Tente, amant déplorable, en ta douleur profonde, Une seconde fois la cruauté de l'onde ; Par un dernier effort suis ton premier dessein , Et perds l'âme et la vie en son humide sein.

(Il court vers la Seine. )

THEAi^E , le retenant et t embrassant.

Mais sur ce sein plutôt reprends l'âme et la vie Que par sa dureté cent fois il t'a ravie.

6o6 LE FILANDRE,

Ce moment doit finir les rigueurs de ton sort ,

Et ce sein, cher Thimante, est ton onde et ta mort.

D'où vient qu'en ce bonheur, quienfin le ciel t'envoie,

Tu tardes si long-temps à témoigncgr ta joie ?

Est-ce un léger effet de bénir ton destin ,

Et sens-tu tes désirs refroidis par leur fin ?

THIMAITTE.

Pareil au criminel qui, la face bandée,

Lorsqu'il attend le coup voit sa mort retardée ,

Son bandeau détaché, ses juges satisfaits,

Le peuple souriant et ses liens défaits :

Tel, les sens étonnés et le cœur tout de glace ^

Je demeure confus au moment de ma grâce;

Tel mon esprit balance entre l'étonnement

De l'appréhension d'un juste châtiment;

Car avoir sous vos lois ma franchise asservie,.

Cette offense me rend indigne de la vie.

Le ciel doit un supplice à mon ambition ,

Et je cherche en la mort cette punition.

Ne me prescrivez point la douce loi de vivre ,

Si vous savez l'ennui dont ma mort vous délivre.

Abandonnez , madame, à l'horreur du trépas

Cet indigne butin de vos rares appas :

Vous me verrez égal à l'arrêt de ma prâie;

Je vous estimerai plus juste qu'inhumaine f

Notre commun repos naîtra de mon malheiir.

Et ma perte dépend d'un moment de doiileur.

Cette onde a vu ma vie à sa rage exposée ;

Mais, pour vous imiter, elle l'a refusée.

Et je sollicitois à finir mon tourment

Pour la seconde fois ce superbe élément ,j!

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