ACTE I, SCÈNE V. gS
Dont jamais ici-bas une âme fut atteinte. Il n'étoit rien d'égal à mes contentemens , le causois de Tenvie aux plus heureux amans. Je pouYois loin de vous défier la fortune ; robligeois trop Florante , et je tous importune ; Tous mes vœux Ilionoroient, et vous les refusez; le les voyois chéris, je les vois méprisés.
CiLIHÈNE.
Adieu y je hais Famour d'un esprit infidèle , Et je ne prétends rien au bien de cette belle : Reportez-lui ce cœur que vous me présentez; Tous me pourriez quitter comme vous la quittez.
( Elle s'en ira , et Filandre demeure confus. )
ORANTE, FLORANTE, FILANDRE.
F LO E AN T E , sortont (T-entre les arbres.
0 qu'il est satisfait, et qu'il profite au change ! Soi-même il se punit, et m'ofTensant me venge.
(L*abordant.)
FQandre, qui méprise est enfin méprisé.
f ILAlfDRE.
Je n'attendois pas mieux que d'être refusé ; El je jure le ciel que s'il m'étoit possible , Je me dégagerois de cette âme insensible , Que ce cœur brûleroit de ses feux anciens , Que je m'enchaînerois de mes premiers liens.
FLORANTE.
Oui , si la chaîne aussi t'étoit encore offerte , Et si je désirois de recouvrer ma perte ;
96 LA CÉLIMENE,
Mais ce soin me travaille assez légèrement :
Un bien que chacun fuit se conserve aisément.
J'ai vu le peu d'état qu'on fait de ton service ,
Et je ne crains pas fort qu'aucune te ravisse.
Je meure , il est bien vrai que l'amour n'a point d'yeux ;
Je réputois jadis mon destin glorieux ;
Quand ton affection s'offroit à ma mémoire ,
Je croyois tout Paris envieux de ma gloire;
Que Filandre écrivît , que Filandre parlât ,
Je ne croyois jamais qu'un autre J'égalât.
Opinion bien fausse , et que je n'ai plus eue
Depuis que la raison m'a dessillé la vue!
Je n'estime plus tant les charmes de ta voix;
Je m'étonne bien plus de l'erreur ou j'étois.
Mon âme s'est rendue à de foibles atteintes;
Tu sais mal caresser et mal faire des plaintes.
Ne figurant pas mieux ta peine et ton souci y
Célimène a raison de te traiter ainsi.
Tu lui parlois de pleurs , et c'est honte à Filandre
D'être cru seulement capable d'en répandre.
Est-ce par ces discours^ ou par cette action
Qu'un homme doit prouver son inclination?
Me tenant ces propos, permets-moi de le dire,
De si froids complimens m'exciteroient h rire.
Epargne un malheureux ; et quelque qualité Dont jadis ton esprit ait le mien enchanté. Crois que tu pourrois peu sur cette âme inhumaine^ Qu'en mon lieu tu serois en une même peine. Elle n'estime rien que ses propres appas ; Vénus sous mes habits ne la toucheroit pas : Tous objets sont communs à ce cœur .insensible.