‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 64 sur 428 · ACTE II, SCÈNE II. loi · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. loi

Tu retardes rarrét de mon sort lamentable ; Tu me retiens le bras , tu diffères ma mort I Tu vois, tu vois, Lysîs, si je me plains à tort.

LTSIS.

Alidor , elle est fille , et la fille est changeante : Nous la verrons un jour t'étre plus indulgente. Le temps amollira ce courage inhumain ; Elle fuit aujourd'hui, tu l'atteindras demain. Il faut long-temps souffrir , la respecter , la craindre ; Ne Tavoir pas suivie est un pas pour Tatteindre. Les preuves de respect sont de puissans appas ; Tu t'éloignerois d'elle, osant suivre ses pas.

Fais tes vers seulement , rêve sur sa louange ,

Préfère ses attraits à la beauté d'un ange ;

Parle de son esprit , de son teint , de sa voix ,

Puisifue c'est le dessein qui t'amène en ces bois.

Décris tous les attraits dont le ciel l'a douée :

Une fille, Alidor, aime d'être louée.

Tu traites sans dessein mille sujets divers ,

Et ta maîtresse encor n'a point eu de tes vers !

Ne crains point de faillir ni de perdre ta peine ;

Od n'estime aujourd'hui que les fruits de ta veine.

ALIDOR

Il est vrai que j'ai l'art de flatter qui me plaît ;

Je|)eins quand bon me semble un œil plus beau qu'il n est .

le dore les cheveux, ou ma plume se joue

A noircir un Sourcil et farder une joue.

Tai toujours de la neige, et quelquefois j'en mets

Sur un sein qui n'en eut et n'en aursC jamais*

le prête à qui je veux des œillets et des roses ;

le donne de l'éclat aux plus conununes choses ,

loa LA CÉLIMÈNE,

Et j'ai fait estimer cent visages divers Qui n'avoient toutefois rien de beau qu'en mes vers« Mais tout est au-dessous de sa beauté parfaite; Ma muse en ce travail est timide et muette • J'admire les effets de cet objet vainqueur Qui me glace la veine et m'échauffe le cœur : Toujours le premier mot a ma plume arrêtée ; Je l'ai mille fois prise et mille fois quittée ; Mon jugement s'égare en ses moindres appas. J'écrirai toutefois ; mais ne t'éloigne pas.

LTSIS. /

J'attendrai cependant en ce lieu frais et proche. Mais vois si tu n'as point quelques vers en ta poche ; Je me divertirai par ce doux entretien ; Je ne puis estimer de style que le tien.

(Il prend des papiers qu'AIidor lui donne , et se retire à l'autre côté du bois ; il déploie le premier et lit. )

ff Un jour Filène

» Au bord de Seine , y> Pour soulager son amoureuse peine , w Disoit voyant couler cette belle onde:^ » C'est ainsi que nos jours passent au monde.

» L'ingrate dame

» Qui m'ôte l'âme » Un jour ne pourra plus donner de flamme. » Comme elle est maintenant sourde à qui l'aime^ » Le temps la traitera bientôt de même.

» Mon œil humide ,

» Belle homicide , » Ne verra pas toujours ce front sans ride ; » Le temps effacera ces belles choses , » £t ne te laissera ni lis ni roses.

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