ACTE 111, SCÈNE IV. ia
Pardonnez toutefois à ma témérité ; Ma raison garde encor de son autorité , Et me peut contenir dans Tétroite limite Qu'imposé à mon amour votre rare mérite ; En mes plus vifs accès je ne me plaindrai pas , Et pour votre repos j'éviterai vos pas. Je n'augmenterai point cettte troupe importune Dont vous tenez en main Tespoir et la fortune ; le ne réclamerai ni vos vœux ni vos soins , Je saurai mieux aimer et le témoigner moins. C'est déjà trop parler : dieux! quelle ardeur me presse. Que même en promettant j'enfreigne nta, promesse !
Las d^exercer ailleurs cette éloquente voix,
La venez*vous , monsieur , exercer dans ces bois ?
Epargne-^ nos esprits , dont les mœurs inciviles
Ont bien peu de rapport avec celles des villes ,
Et ne m'obligez point aux mêmes complimens
Que celles de Paris rendent à leurs amans :
Qsseroient mal fondés, et je reçois les vôtres
Conune un propos conunun que vous tenez à d'autres.
FLoniBAix y^ignant de s^en aller.
Tai promis de me taire. Adieu, mais quelque jour On ne vous verra plus douter de mon amour.
CÉLIMENE.
Non , non , encore un mot. O dieux ! qu'il sait bien feindre! On diroit qu'en effet son cœur se laisse atteindre.
FLORIDAN
U est atteint déjà, madame , et permettez , Puisque ma voix vous plaît et que vous l'écoutez,
124 LA CELIMENE, i
Que j'atteste le ciel et toute la nature 1
Que vous êtes l'objet du tourment que j'endure.
Si vous n'avez causé la misère oîi je suis , ^
Si votre occasion ne fait tous mes ennuis , ' \J
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Puissé-je être des dieux et l'horreur et la haine, ïV
Et qu'après mille morts une étemelle mort *^
Fasse endurer mon âme et déplorer mon sort! • *fc:]
Mais que je pousse en l'air d'inutiles paroles! ^-^ :|^ Vous tiendrez mes sermens pour des sermens frivolcsy' |
Car on dit que les dieux, imposant des tourmens, •) ^
N'en ordonnèrent point aux parjures amans. * i^" j
CELIMlfeNE.
C'est qu'ils n'en trouvent point d'égaux à leur ofFense; i
Et ce point seulement a borné leur puissance.
Le traître et l'homicide ont leur peine aux enfers;
L'impie, et le voleur ont leurs feux et leurs fers ; ,
On ne peut éviter la suprême justice,
Qui toujours au forfait mesure le supplice.
Mais un parjure amant a fait une action
Qui n'a point de mesure et de proportion ;
Une étemelle flamme est pour lui trop humaine ;
L'excès de son péché le sauve de la peine.
Aussi quel honnête homme a ces crimes conçus ?
Mais allons au château discourir là-dessus;
Le soleil en ces lieux ne laisse plus d'ombrage.
Que je reçois d'honneur!
GIÉLIMÈNE.
J'en reçois davantage.
(Ils sortent.)