ACTE V, SCÈNE IV
Poar moi cette sorcière eut des allèchemens , £t je me suis souillé de ses embrassemens! O spectacle d'enfer, aux yeux épouvantable ! Que tarde y juste ciel, ton courroux équitable? Quel charme furieux a troublé ma raison? O crime sans exemple et sans comparaison !
ivAirDBE, ayant leifé la pierre de la bague.
Sire, ce diamant cachoit ce 'charme extrême
Qui TOUS fit si long-temps différent de vous-même..
Tout le peuple , ignorant de cet enchantement ,
Condamne à haute voix votre déportement,
Et bénira la main qui sera la meurtrière
De cette infâme, horrible et damnable sorcière.
HERMAITTE.
Si l'horreur de «mes cris pénètre jusqu'à vous, Mânes , démons , damnés , je vous invoque tous : Mon âme sans défense à vos fureurs s'expose; Épargnez Ixion, que Tantale repose, Qu'un silence profond naisse dessus nos bords. Et venez sur moi seule employer vos efforts. Toi qui tournes les cieux et qui soutiens la terre , Si le ciel est serein , quand bruira ton tonnerre ? Vaste champ des éclairs, air, humide élément. De cent monts d^ vapeurs forme mon châtiment , Et cache à l'œil du jour cette horrible sorcière Dont les sales regards profanent la lumière ; Perds ce commun effroi des dieux et des humains. Puisque pour me sauver tous remèdes sont vains.
FiLisMorrD.
Quoi! j'apprends sans mourir la mort de Parlhénie!
i6o L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ,
ÉVAWDRE.
Vengez sur son bourreau cette perte infinie.
Par ma main ses beaux yeux, ces deux astres jumeaux ,
Furent précipités dans l'empire des eaux.
FÉLISMOND.
Ma voix en prononça la tragique sentence,
Et je survis sa mort? O barbare constance!
O détestable hymen I o funeste amitié ,
Où Tépoux est bourreau de sa chaste moitié , -
Oîi la première nuit la couche est divisée,
Et l'innocente épouse aux ondes exposée!
Son lit fut le plus froid de tout les éléraens ,
Et la Mort fut l'objet de ses embrassemens.
Tu vis , roi des saisons , ce fatal hyménée ,
Et tu pus sans horreur accomplir la journée;
Tu l'osas achever, et l'horreur d'un festin
T'a bien fait rebrousser du couchant au matin !
Tu vis sans t'effrayer dedans le sein de l'onde
Tomber par mon arrêt ce miracle du monde ;
Elle est morte oîi tu dors , ton lit fut son tombeau ,
Et l'eau de deux soleils éteignit le plus beau.
( Aux valets. )
Qu'on dresse dans le temple un apareil funèbre , Et que je fasse au moins sa mémoire célèbre ; Que ses parens mandés partagent mes douleurs^ Et sur son vain tombeau viennent verser des pleurs.
HERMANTE.
Votre juste courroux sait mal venger sa perte : Quand sa cause si proche à vos yeux est offerte, Que délibérez-vous?- que tardent vos efforts De mettre en cent morceaux ce misérable corps ?