ACTE V, SCÈNE VII. i
C'est trop peu la venger , il faut suivre ses pas. Vous y ses tristes parens , auteurs de sa naissance ; Vous , peuple que le ciel commit à sa puissance ; Vous, hommes, et vous, dieux qu'elle a toujours servis^ Apprenez par quel sort ses jours fui sont ravis : La Mort n*eut point dessein sur ses jeunes années ^ L'avare main du Temps ne les a point bornées ; L onde n'est point coupable ; et ni chute ni vent Ke livra ce beau corps à ce cristal mouvant ;^ Sa perte est un effet de mon propre courage ^ Et seul je suis ses flots , son vent et son orage ; Son trépas est mon crime , et la loi de son sort Destinoit son époux pour auteur de sa mort.
GLÉANOR.
Dieux! qu'est-ce que j'entends?
FELISMOND.
Ces innocentes flammes, Ce saint brasier d'amour qui jconsumoit nos âmes , Sont le feu dévorant qui consuma ses jours : Telles sont mes faveurs , telles sont mes amours ; Tels furent les baisers q^e dévoient à TÉpire Ceux qui doivent un jour gouverner son empire. Unissez vos efforts, et dessus son tombeaa D'un zèle légitime immolez son bourreau; Donnez au souvenir d'une beauté si rare Le sang de ce tyran. à soi-même barbare, Incapable d'honneur, de respect, d'amitié, Qui n'a pas épargné sa plus chère moitié. Quel asile aurez-vous contre sa tyrannie. S'il ne s'en trouve pas même pour Parthénie? Que ne doit-il un jour sur son peuple exercer , Si par la reine même il osa commencer?
j66 L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ,
LE DUC
O province affligée ! ô malheur déplorable !
LE GRAITD-PRIÊTRE.
Non j non y cet accident m'est eiicofe incroyable; Et ces craintes qu'il pousse au royaume des morts Naissent de ses ennuis , et non de ses remords.
FELISMOirn.
Saint objet de mes pleurs , sacrés mânes ^ belle ombre^
Si ma voix peut aller jusqu'au rivage sombre,
Tu m'entends déclarer l'auteur de ton trépas ,
Et tu vois toutefois qu'on ne le punit pas!
On te plaint lâchement , et pour ton allégeance ,
Ni parens ni sujets n'embrassent ta vengeance !
( Il tire son poignard. )
Quoi! sa perte , cruels, ne vous peut émouvoir! C'est donc à s»on époux qu^appartient ce devoir : Ma main , ma seule main de ce coup est coupable ; Je serai le vengeur ensemble et le coupable.
CLlÊAirOR*
Ah ! sire , réprimez ces efforts inhumains.
FJÉLISMOKD.
Non , non , rien ne pourroît me sauver de mes mains : La mort est toujours prête à qui ne veut plus vivre; C'est doucement^ hélas! me punir que la suivre.