‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 116 sur 437 · LE GRAND-PRÊTRE · texte numérisé non relu

LE GRAND-PRÊTRE

Lâchons la bonde aux pleurs , et que toute l'Épire En ce malheur commun sur sa tombe soupire.

i64 L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ,

Ce jeune astre naissoit , et l'âge de vingt ans

Ne doit point de tribut à l'empire du temps.

Quand nos jours sont cueillis des mains de la nature,

Et qu'on s'est vu de près toucher sa sépulture,

Les mânes satisfaits s'offensent de nos pleurs ,

Et la nécessite condamne les douleurs.

Mais voir une princesse en beautés sans seconde ,

Qui se fait des autels des cœui*s de tout le monde,

Et dont l'Epire attend des princes et des rois ,

Ne pouvoir s'affranchir de tes barbares lois,

Et loin de son époux , ô sensible infortune !

Passer la nuit d'hymen dans les bras de Neptune;

Y voir finir sa vie et perdre sa beauté ,

C'est là que la constance est une cruauté;

C'est pour cet accident qu'il fout avoir des larmes,

Et que le plus grand cœur doit mettre bas les armes.

Plaignons d'un deuil commun nos communs intérêts;

Vous, ses mânes sacrés, entendez nos regrets,

Et voyez vos sujets sur cette tombe vaine

Rendre les derniers vœux qu'ils doivent à la reine.

Page 1