ACTE V, SCÈNE L a
CLARIMOND
ÉtoufTant aujourd'hui ce feu qui tous consomme ,
Aujourd'hui seulement vous commencez d'être homme.
Languissiez-vous sans honte entre ces voluptés
Qui tiennent en leurs rets tant d'esprits arrêtés ?
Croyez-vous qu'une'mâle et robuste jeunesse
S'emploie avec honneur auprès d'une maîtresse ,
Sous ce lâche tyran de votre liberté ,
Enfant de la mollesse et de l'oisiveté?
Ces molles passions détruisent vos fortunes;
Avec les plus abjects elles vous sont communes.
Les bergers comme vous se plaignent de ces maux,
Et vous les partagez avec les animaux.
Enfin , las de souffrir ces femmes obstinées ,
Vous destinez ailleurs de si belles années.
Allons en quelqu'eodroit qu'illumine le jour ;
Que ne vaincrez-vous point , ayant vaincu l'Amour !
Quelques si beaux effets dont tu vantes mes forces , Elles sont 9 cher ami, moindres que ses amorces; Toujours ce doux tyran est maître de mes sens ; J'étouffe sans effet des désirs renaissans ; Et ce corps dont je sens les forces consumées, 'Ne porte point de cœur au milieu des armées ; . Il demeure à Clorinde, et, malgré ses dédains i II ne la peut quitter pour suivre nos desseins.
^44 CLORINDE