LE SERVITEUR
Arrêtez î Quelle animosité Abandonne vos jours à cette extrémité ?
DORiMiNEfà Pob'dor.
Insensé ! quelle rage à mon malheur t'obstine,
Et me fait malgré moi cause de ta ruine?
Crois*tu par ta victoire exciter ma pitié,
Et d'un sujet de pleurs tirer mon amitié ?'
Quel fruit espères-tu de mon. malheur extrême ?
Ne dois-je point des vœux à qui défend qu'on m'aime?
246 CLORINDE
Ne chérirai-je point le meurtrier d'un amant
D'oïl dépendent ma peine et mon contentement?
Souffre la passion dont son âme est atteinte ,
£t si tu dois te plaindre, adresse-moi ta plainte.
Il se rend sans dessein à ces foibles attraits,
Et tu h veux punir du mal que je lui fais?
Toi seul peux m'honorer d*une amour légitime ?
Qui me chérit t'offense, et,m'aimer est un crime?
Acquiers un juste droit sur les autres amans;
Effa.ce par tes soins leurs plus doux omemens ^
Et lors si de tes vœux mon coeur peut se défendre ^
Plains-toi de Dorimène, et non de Céliandre;
Souffre ses passions, laisse agir ses désirs.
Et ne divertis point nos innocens plaisirs^
CÉLIANDRE.
O dieux! comme l'amour a troublé sa pensée |, Et que je fais souffrir cette fille insensée !.
DORIMÈNE
Et toi, divin auteur des ennuis que je sens^ . Où vas-tu signaler ces charmes innocens? • Tu vas chercher ailleurs la gloire et les conquêtes^ Et ton mérite ici t'en laisse tant de prêtes ! Crains le triste succès d'un combat hasardeux; Combats pour ton repos., triomphe de mes vœux ^ Et sur le faux rapport d'une injuste rivale Ne fonde point. la crainte à mon désir fatale^ J'ai toujours CBtimé ces rares qualités Qui te rendent vainqueur de tant de libertés; • Et tes mépris , fondés sur de fausses croyances ^ Ont trop ingratement choqué mes espérances ; Tu pris légèrement des sentimens si feux :