‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 171 sur 437 · ACTE V, SCENE IV. a · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV. a

CLAEIMOND.

Madame, le dessein de ces deux combattans, Est plus de liii donner qu^ôter des habitans : Obligez Célinaant de Theureuse espérance Du fruit qu'il doit avoir de sa persévérance; Soyez plus indulgente à ses chastes désirs, Et que sa récompense accroisse nos plaisirs.

LISANTE.

J'estime sa constance , et sa peine infinie De ce cœur insensible a la glace bannie : Depuis quelques momens je songe à son repos.

GÉLIMAITT.

0 favorable arrêt! agréable propos!

Que j'aime la douleur dont mon âme est blessée ! Rage, craintes, soupçons, sortez de ma pensée; Je ne me plaindrai plus de mon sort rigoureux : Après ce doux arrêt , Céliroant est heureux.

DORiMÈNE, à part.

En ces communs plaisirs seule désespérée , Seule triste, confuse, immobile, égarée, Me dois-je retirer, ou suivre ces amans, Les témoins glorieux de mes ressentimens? Force pour ton honneur cette inutile rage , Qui contre leur repos anime ton courage. Amante infortunée, et cherche en ces déserts Des amans plus parfaits que l'ingrat que tu perds: Voue en ces lieux sacrés , où toute âme est ravie , Au service des dieux le reste de ta vie : Méprise les plaisirs , évite leurs appas , Et fuis cet importun qui veut suivre tes pas.

( £U« s^enfuit.)

a54 CLORINDE,

POLIDOR

Madame, où courez-vous? Elle fuit, rinhumaine, Et le seul désespoir est le fruit de ma peine. Oïl dois-je recourir, si de tant de beautés. Étant ce que je suis, mes vœux sont rejetés? J'ai servi mille objets dont la ville est pourvue

LISANTE riant.

Ton malheur, Polidor, nou^ a charmé la vue» Par un secre); destin tu déplais à nos yeux : Imite Dorimène, et fais Tamour aux dieux: Elle va, si j'ai bien entendu son langage. Vouer aux immortels le reste de son âge : Suis le même dessein , ayant des qualités Incapables de plaire à nos yeux enchantés.

POLIDOR

En ce dessein d'aimer , où je vous vois réduite , Ne cherchez des conseils que pour votre conduite : Et ne portez point l'œil dessus mes actions , Ayant à gouverner vos propres passions.

Je sais ce qui m'importe en ce malheur extrême , Et ne prends point d'avis d'autres que de moi-même.

(Il sort avec le serviteur, )

CLORiNDE, à Lisante.

L'aimable passe-temps! vous deviez toutefois Arrêter Dorimène un moment en ce bois.

L'agréable moyen dont nous l'avons punie Eût encore augmenté notre joie infinie : Qu'aisément elle a cru ce qu'elle a souhaité , Et combien je rirai de cette vanité!

Faisons par le chemin ce conte à Céliandre.

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