ACTE V, SCÈNE IV. a5i
Après tant de mépris , tu revois ton amante , Ce cœur présomptueux, cette âme indifférente, Et cet indigne objet de la clarté du jour, Qui se faisoit un jeu des mystères d'amour. Mais pourras-tu punir cet aveugle caprice, Si déjà tes mépris ont été mon supplice, Si déjà ton adresse a ce cœur assailli Par les mêmes moyens dont il avoit failli ?
(Elle se remet à genoux.)
Tu vois une orgueilleuse à tes pieds abaissée ,
(Céliaodre la relève. )
Tu reconnois Tardeur dont son âme est pressée. Signale ton amour en cette occasion , Et me laisse punir par ma confusion.
Donne-moi si tu veux la qualité de vaine ; Appelle-moi farouche , insensible , inhumaine ; Venge-toi par ces noms en l'état oîi je suis; Mais que cette vengeance achève mes ennuis ; Qu'un éternel oubli succède à mes supplices ; Que jamais tes froideurs ne troublent nos délices, Et que ta passion ne me reproche plus Ces aveugles mépris et ces lâches refus.
GELIAITBBE.
Saisi d'étonnement, ravi de ces merveilles, Puis-je sans être vain avouer mes oreilles? Le ciel est favorable à ma sainte amitié ; Clorinde à mes genoux implore ma pitié! Elle partage encor ma douce rêverie!
Quand je n'espère plus, qui me fiiyoit me prie 0 divin accident ! ô rare effet d'amour ! Je doute si je vis et si je vois le jour.
252 CLORINDE
CLORiNDE, Vembrassant.
Ah ! c'est trop résister à l'ardeur qui me porte
A ranimer, mon cœur, ton espérance morte;
Et ces preuves d'amour te doivent confirmer
Que je t'imite bien, si tu sais, bien aimer.
Bannissons désormais, d'une amitié si sainte
Les dédains, les froideurs, la tristesse et la plainte;
Et qu'un lien si fort nous unisse à jamais ,
Que comme notre amour nos plaisirs soient parfaits.
CÉLIANDRE
Guéri des longs ennuis dont le ciel me délivre , Cessant de vous aimer je cesserai de vivre;
(A Clarimond.)
Je suivrai, cher ami, mes premiers étendards , Le maître que je sers est le maître de Mars.
LISANTE, en riant.
O dieux! le doux voyage et l'agréable guerre ! Qu'il en a mis à bas! que d'ennemie à terre! O d'un nobie dessein le glorieux effet! Avoir baisé Clorinde est tout ce qu'il a fait.
cÉiriMANT, a Lisante.
Que de même avec toi j'exerce ma vaillance, Et que je me*hasarde à cette violence, Permets-moi d'imiter cet exploit amoureux.
/ H Tembrasse. )
LISANTE. •
O l'invincible effort! le guerrier généreux! On ne peut éviter sa valeur sans seconde : Ces deux soldats un jour dépeupleront le monde.