ACTE I, SCÈNE L a
Il rompt tous mes desseins, et sa sévérité
Tient , oui je le dirai , de rinhumanité.
Il met toute sa joie à traverser la mienne ;
Il souffre seulement qu*£raste m'entretienne ,
Éraste qui me rend des devoirs superflus ,
Et qu'entre les humains je déteste le plus.
Dure nécessité que la crainte des pères 1
Que la nature oblige à des règles sévères !
Qu'une fille languit sous de fâcheuses lois ,
Et que pour un seul être on nous l'ôte de fois!
Mais que doit observer une fille amoureuse?
En moi l'amour rencontre une âme généreuse ;
Mon sexe, mon respect et ma condition,
Ne me feront jamais trahir ma passion :
Un vainqueur si puissant a mon âme asservie ,
Qu'il faut qu'on me le donne , ou qu'on m'ôte la vie.
BORISE.
Donc il vous aime aussi ?
Si ses vœux ne sont faux , Et si comme son corps son âme est sans défauts. Je n'ose toutefois confesser que je l'aime. Alors qu'il m'entretient de son amour extrême. La constance est si rare , et l'artifice est tel , Qu'on ne peut s'assurer en l'esprit d'un mortel : Souvent la trahison se masque d'apparences Qui forcent nos froideurs et nos indifférences. Puis , tel nous tient enfin que nous ne tenons plus ; Et l'ayant accepté , nous souffrons ses refus.
DORISE
Croyez-vous Dionis capable de ce vice?
AMIÉLIE.
Peu d'entre les amanâ sont exempts d'artifice.
BORISE.
Madame, un bon esprit n'a point ces qualités: Ne fondez point de peur sur ces difficultés ; Prévoyons seulement à forcer leurs obstacles,
Ne peux-tu rien pour moi?
BORISÊ.
Je ferai des miracles, Et je rendrai vos vœux moindres que vos plaisirs Si mes inventions égalent mes désirs?
Tu me promets beaucoup.
DORISE
Rien que je ne vous tienne,
AMELIE.
Quelle bonté, Dorise, est pareille à la tienne?
DORISE
Je vous dois tous mes soins : il faut premièrement Vous déclarer de sorte à cet aimable amant Qu'il ne puisse endurer jusqu'à la violence. Et qu'il ne soit pas vain jusqués à l'insolence; Qu'il ne puisse ignorer votre amoureux souci , Et qu'il n'ait pas raison de s'en vanter aussi. Ten sais l'invention. Quand selon sa coutume , Il viendra vous parler du feu qui le consume.
AMELIE.
Je Tattends en ce lieu, si cet objet eharmant Y peut par ton moyen entrer secrètement; Car mon père croiroit...