‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 177 sur 437 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

DORISE

C'est assez , et j'espère De lui faire éviter les yeux de votre père; Ecoutez seulement : le voyant arriver.

Couchez-vous sur ces fleurs et feignez de rêver ^ Dites que son mérite a votre âme ravie , Que votre impatience égale son envie , Et que vous n'aspirez qu'après l'heureux moment Qui doit joindre vos fers et finir son tourment. Après j l'ayant flatté sur le point qui le presse , Comme vous éveillant , blâmez sa hardiesse ; Et s'il vous redit tout , répondez qu'en rêvant Tout ce qu'on s'imagine est de l'air et du vent; Témoignez par vos yeux un peu d'indifférence , Si bien qu'il ait sujet de crainte et d'espérance : Alors vous le verrez en d'étranges accès, Et là , sa passion prouvera son excès.

AMIÊLIE.

Que ton expérience en ce point m'est utile ! Va l'attendre à la porte.

BORISE.

Adieu.

(Ette tort)

ÀMiiLiE seule.

Qu'elle est subtile!

Que son cœur s'est souvent exercé là-dessus,

Et qu'on sait bien aimer quand on ne le peut plus !

Ces vieilles dont l'humeur est si triste et si noire,

Et qui n'ont plus d'amour qu'en la seule mémoire,

Par leur expérience ont trouvé des ressorts

Dont les effets divers excèdent nos efforts;

lieur pouvoir absolu régit nos destinées ,

ii68 AMÉLIE,

Avance nos amours, ou rompt nos hyménées; Leur savoir divertit des malheurs apparens ; Elles nous montrent l'art d'abuser nos parens ; Elles font incliner leur humeur à la nôtre, Eloignent un amant, font approcher un autre : Tout cède à leur esprit ; il invente des traits Plus forts que ceux d'Amour et que tous nos attraits. Mais je vois cet objet dont mon âme est atteinte. Feignons de reposer. Amour, conduis la feinte.

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