LE PÈRE
Le temps peut tout changer ; son enfance indiscrète Ne sait ce qu'elle craint ni ce qu'elle souhaite : La force en obtiendra le bonheur que je veux , Ou mon autorité gouvernera ses vœux.
Adieu, ne craignez rien, et dessus ma promesse Espérez du remède à l'ardeur qui vous presse.
(Le Père, Ëraste et Amëlie sortent.) DIONIS.
0 rigoureux arrêt qui me comble d'ennuis ! Que faut-il que j'espère en l'état où je suis ? Tous mes soins sont trahis, et son humeur avare Dispose aveuglément d'une beauté si rare : Le vain éclat de l'or a ses yeux éblouis. Et lui dictoit les mots que nous avons ouïs.
LISIDAN.
Eprouvez la fortune ou propice ou cruelle. C'est tout si vous plaisez aux yeux de cette belle : Etant bien en son cœur votre sort est heureux , Et Tor n'éblouit point un esprit amoureux. Le ciel avec dessein a vos âmes unies ; 'ai souffert pour sa sœur des peines infinies , Et j'ai désespéré de fléchir ses parens , Lorsqu'elle m'a fait voir des yeux indifférens ; Mais depuis l'heureux jour que son âme touchée M'a découvert l'ardeur qu'elle tenoit cachée , J'étouffe mes soupirs , j'ai toujours espéré, Et sa possession m'est un bien assuré.
DiONIS.
Que ne m'est-il permis de parler de la sorte ? Que je serois content ! Mais on ouvre la porte. C'est elle, abordons-la.
a86 AMÉLIE,