RANTE
O dieux! que me dis-tu?
LISIDAN.
Vous avez trop d'amour.
lÉRANTE.
Et toi trop de vertu.
LISIDAN.
Décrire à Dionis....
JURANTE.
o dieux! je suis perdue.
LISIDAN.
Et d'offrir à ses vœux l'amitic qui m'est due ;
Vous savez, pour le faire, aimer trop constamment,
Et c'est vous offenser qu'y songer seulement.
JÊRANTE.
C'est beaucoup de tourment qu'un peu de jalousie: Ne donne point d'entrée à cette frénésie, Car de la perdre après il est bien malaisée Je plains déjà ton mal*
LISIDAN.
i Et vous l'avez causé. Confessez tout, madame, et, sans tant d'artifice,
3oo AMÉLIE,
A ce cœur malheureux ordonnez son supplice. '
A-t-il reçu de vous quelque commandement »
Dont il ait murmuré du penser seulement ?
Restreignez mon espoir en d'étroites limites ,
Ife me permettez plus ThomieuF de vos visites,
Comblez de vos faveurs Fauteur de mon tourment,
Caressez à mes yeux, ce glorieux amant.
Et, si vous l'agréez, imputez*moi des crimes,
Qui rendent votre haine et mon mal: légitimes :
Vous verrez mon respect forcer mes sentimens ;
Je croirai mériter les. plus durs châtimens.
Il ne sortira point de plainte de ma bouche ;
Je n'aurai point dessein que ma douleur vous touche;
Et celui de vous plaire et de vous obéir
Me fera détester moi-même et me haïr..
ÉRANTE.
Vous imitez, monsieur, ces âmes insensées Qu'on ne trouve jamais en d'égales pensées, Qui blâment sans sujet ou prisent leur destin ^ Et ne sont plus le soir en l'état du matin. Ce vice, à mon avis, est un défaut extrême : Moi, je vis autrement, et je suis toujours même: Je médite long-temps sur le choix que je fais ; Mais depuis qu^il est fait, je ne change jamais..
LISinAN.
J'ai donc été l'objet d'une étemelle haine.
Une amour de deux ans m est donc ingrate et vaine^,
Et Dionis plaît seul à vos chastes*beautés
Depuis que je vous sers et que vous m'écoutez?
( Lai montrant la lettre.)
Crante , {voyant sa lettre.
Et c'est là, Lisidan, le sujet de vos plaintes?