ACTE III, SCENE IIL 3oî
LlSIDAir.
Il est assez puissant.
JURANTE.
O dieux! les vaines craintes!
Vivez y vivez heureux , et ne m'accusez plus S'il Vous faut seulement contenter là-dessus. Dionis est charmé des beautés d'Amélie ; Vous avez vu sa peine et sa mélancolie; Il n'est inquiétude égale à son souci, Et je me trompe fort, ou ma sœur l'aime aussi; Mais son sort et le nôtre a tant de différence , Qu'il devroil étouffer cette vaine espérance : Il a d'un vain désir ses attraits honorés; Il faut entrer chez nous par des chemins dorés. Vous savez quelle humeur aux vieillards est commune; Ils prisent la vertu , mais prennent la fortune : Mon père est de ce nombre , et son consentement Dépend du vain éclat des trésors seulement. Il sait que Dionis n'est riche qu'en mérites , Et que ma sœur pourtant en souffre les visites; Si bien qu'imaginant quelque inclination , Il la veut ruiner par cette invention ; Il m'oblige de feindre une amitié naissante Pour ce fidèle amant, que lui-même ressente; Il veut que mes regards , ma voix et mes écrits , Soient sans cesse employés à toucher ses esprits : Si j'obtiens cet effet , Amélie est plus vaine Que de daigner après considérer sa peine ; Il n'en peut espérer un seul trait de pitié , Si je puis une fois rompre leur amitié. Croyez ce qui vous plaît : la feinte consommée , Vous saurez si sa grâce a mon âme charmée ^
3oa AMÉLIE,
Si mon amour est tel qu'on le puisse amortir , Et si tout l'univers m'en sauroit divertir.
LisiDArr.
Dieux! que cette nouvelle allège mon martyre! Vous arrêtez mon âme à l'heure que j'expire : Mais craignez, pour mon bien, que cette invention N'ait un effet contraire à votre intention ; Songez que tous les cœurs cèdent à la surprise , Et qu'insensiblement nous prisons qui nous prise.
ÉRANTE.
N'en soyez point en peine, aimez-moi seulement. Mais il vient Yoyez-moi feindre subtilement.