‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 203 sur 437 · ACTE m, SCÈNE IV. 3o · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IV. 3o

ERÀITTE.

La belle couverture à son ingratitude !

Qu'il me tient ces discours après un long étude !

Quel moyen plus exquis, quels signes plus parfaits,

Te pouYoient assurer des vœux que je te fais ?

If ai-je assez clairement ma passion décrite?

Faut-il perdre du temps à louer ton mérite ?

Te doîs-je par la voix ce que mon cœur t'a fait,

Et n'est-ce pas assez que d'en sentir l'effet ?

Mais ris de mes discours, et poursuis cette ingrate

Qui te joue elle-même alors qu'elle te flatte ,

Dont tu ne peux qu'en vain espérer la pitié ,

Qui n'a pas un esprit capable d'amitié ;

Entretiens constamment cette ardeur insensée ,

Et ne veuille jamais divertir ta pensée ;

Révère ingratement sa tyrannique loi ,

Par ton propre malheur toi-même venge-moi,

LISIDAN.

Enfin je suis saisi de ma première crainte : Ces discours ont passé les bornes de la feinte.

. Dioiris.

Je ne cause à vos cœurs ni soupirs ni douleurs , Le feu que j'y fais naître a bien peu de chaleur. Mais, las! quand cette ardeur en effet seroit vraie, Et que je guérirois de ma première plaie, Pourrois-je encor ravir à ce parfait ami Un bien si précieux, qu'il possède à demi? Après \ant de sentiens d'une amour infinie, Auriez-vous tellement sa mémoire bannie?

Etdevrois-je espérer un meilleur traitement, Sachant son infortune et votre changement ?

3o4 AMÉLIE,

Crante»

Il s^est entretenu d'un espoir inutile; Je n'eus jamais pour lui qu'une amitié civile ^ Sa vanité , monsieur y est sans comparaison , S'il croit avoir jamais asservi ma raison. J'ai souffert ses discours tant que la courtoisie M'a permis de flatter sa vaine fantaisie; Mais d'avoir rien promis à sa fidélité , J'ai plus (l'ambition et moins de charité.

LisiDÀN, à part.

Cette, orgueilleuse enfin force ma patience. Et je ne puis sans honte observer le silence ;

( Erante le regarde en riant.)

Mais ce ris de sa bouche et ce trait de ses yeux Contient dans le respect mon esprit furieux. Que de subtilité! que sa bouche a d'adresse! Parlant elle m'offense , et riant me caresse.

ERANTE.

Est-ce assez consulter?

BIONIS.

Je suis tout résolu.,...

ÉRAIÏTE.

D'accepter sur mes jours un pouvoir absolu ? D'oublier Amélie?

DIONtS.

Oui , quand les destinées Ne voudront plus ourdir le fil de mes années ; Mais, possédant encor le bien de la clarté, Je promettrois en vain d'oublier sa beauté.

JURANTE.

Va , tyran des esprits , barbare , âme de souche , Que mes soupirs soient vains , et que rien nete touche:

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