ACTE III, SCENE V
BIONIS.
Forcez donc avec moi , ma lumière , ma vie , Tout ce qui fait languir notre amoureuse envie , Et, par un prompt départ, dégageant votre foi • D une sévère , injuste et tyrannique loi , .
Délivrons ce vainqueur à qui tout rend hommage De la nécessité d'un inique servage.
Tirons pour notre bien notre maître des fers, Il finira les maux , que nous avons soufTerts ; En Tétat d'obéir, oïl vous êtes réduite, La gloire du combat dépend de votre fuite.
AMELIE.
Oui, mon affection consent à ce départ;
Tattendois , cher amant , ce conseil de ta part.
Demain, sans différer, aussitôt que Taurore
Fera voir ses rayons sur le rivage maure.
Forçons notre malheur, partons secrètement,
Et souffrons avec nous Lisidan seulement ;
Qu'il serve de témoin à nos pudiques flammes, .
Qu'il assiste oii Thymen conjoindra nos dei^x âmes,
Et qu'il témoigne un jour que nos chastes 4^sirs .
Se seront dispensés à d'honnêtes plaisirs.
La maison d'un paysan, ùhre de ma nourrice,
Est offerte à propos à notre doux caprice;
Nous y vivrons sans crainte, attendant l'heureux jour
Qu un avis de sa part nous parle du retour.
N'es-tu pas résolu ?
Dioiris.
Plus que n'est à sa grâce
L'esprit d'un criminel dont on bande la face ,
Qui reçoit un pardon qu'il n'imaginoit pas.
Et qui voyoit déjà la porte du trépas.
'ii6 -AMÉLIE,
AMÉLfE.
L'effet de ce dessein me plaira davantage ; ' Allons nous disposer à cet heureux voyage. Adieu , riiais sois discret si tu veux ra'obliger, Et surtout que ma sœur n'en puisse rien juger.