ACTE III, SCENE V
LISIDAN.
En l'état où J€ suis, Faites-moi seulement juge de mes ennuis : Tous les amans qui sont et ne sont plus au monde, Ixion sur la roue, et Tantale dans Tonde, Si vous considérez l'excès de mon tourment, Ont, en comparaison, soufTert légèrement. Déchu par mon malheur d'une gloire suprême. Je ne vois rien d'égal à ma misère extrême, Et vous devez le prix à ses charmes vainqueurs , Si leurs coups sonV égaux à ceux de ses rigueurs. Quelle borne, destins, à mes maux est prescrite!
BIONIS.
Espérez-la dû temps , et de votre mérite.
Mais j'implore le même , adorable beauté :
Quand sera par l'hymen notre amour limité?
Et quand , vous dégageant des contraintes d'un père ,
Voulez-vous accomplir le bonheur que j'espère?
AMELIE.
Hélas! que j*ai de peine à t'ouvrir mon secret! Que ce cœur est atteint d'un sensible regret! Et qu'un mot proféré me rendra misérable. Si nous n'imaginons un nïoyen favorable Qui conserve à tes vœux mon amour et ma foi, Qui m'ôte à ton rival , et qui me rende à toi ! Demain
DIONIS
Quoi! ce rival trahit mon espérance?
AMELIE.
Mon père m'abandonne à sa persévérance ;
Il considère peu si ce dessein me plaît ;
Il veut que mon amour cède à mon intérêt;
3o8 AMÉLIE,
Et depuis un moment sa rigueur indiscrète
A tiré de ma voix le oui que je regrette.
DIONIS
Donc votre volonté , beau soleil de mes jours , Belève d'un pouvoir plus fort que nos amours? On contraint vos désirs? l'Amour est né sans père, Et vous en avez un que le votre révère. Hélas! si vous aviez tant de facilité^ Et si vous prévoyiez cette nécessité , Vous deviez étouffer ma passion naissante , Plutôt que la réduire à vivre languissante; Car après tant d'espoir ne vous posséder pas , C'est souffrir, sans mourir, pire que le trépas.
( Eraute est à la fenêtre et les écoute.) AMELIE.
Tu condamnes bientôt Tamitié la plus rare Qui doive être prisée en ce siècle barbare. Combattons, enflammés de désirs si parfaits, A qui les prouvera par de plus beaux effets ; Que ferois-tu pour moi?
DIONIS
Je prendroîs plus de peine Que deux rois ennemis n'en ont pris pour Hélène; JVffacerois le nom des plus parfaits amans; Et je m'immolerois à vos commandemens.
Moi je ferois pour toi plus que le penser même Ne peut imaginer et d'étrange. et d'extrême; J'effacerois Féclat de ton affection; Et sois vain si tu veux de xsk^ coafession. .