LE PAGE
le n'ai rien entendu.
SIDONIE
(Le page sort.)
i Qu'il vienne. Enfin, ma rage,
Enfin on t'a servie, on accomplit tes vœux,
Et l'on apporte ici la tête que tu veux :
On t'a sacrifié cet amant infidèle.
O sensible douleur! ô vengeance cruelle!
O détestable effet d'un amour enragé!
Qu'à tel qui se plaignoit il nuit d'être vengé!
Plutôt que de passer à cet .effort extrême ,
Que n'oubliois-je , hélas! mon honneur et moi-même!
Quel repos , quel honneur et quel bien m'est rendu ,
Et que me revient-il de ce qu'il a perdu?
Quel effet vont avoir les traits- qui m'enflammèrent,
Et quels me paroîtront les yeux qui me charmèrent ?
Je verrai des œillets que la mort a déteints,
Des lis ensanglantés et des soleils éteints*
Un oubli fut son crime , une mort est sa peine ;
Il ne fut qu'inconstant, et je fus inhumaine;
Il cesse de m'aimer, et moi je l'ai haï ;
Il ne m'a que laissée , et moi je l'ai trahi.
(A Ard^nie.)
Détournez de mes yeux ce funeste spectacle; A sa venue, hélas! mettez un prompt obstacle: A. ceux qu'on a vengés comme ils ont souhaité , Vouloir voir leur vengeance est une cruauté.