‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 210 sur 437 · ACTE III, SCENE VI. . 3ii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI. . 3ii

Et me. suis-je opposée à tes intentions ? Ne vois-tu pas en moi l'amitié la plus pure Que jamais à des sœurs enseigna la nature ? M'as-tu vue autrefois révéler tes secrets , £tn'ai-je pas eu part en tous tes intérêts?

ERÀNTE.

Laissez-moi, Ton m'appelle.

AMELIE.

Ingrate, inexorable, Que profîteras-tu si je suis misérable?

Was-ti^ pour mon sujet ni pitié ni douceur? Ne donneras-tu rien au sacré nom de sœur? Tu me vouois jadis une amitié si nue, Et que j'ai si souvent au besoin reconnue! Las ! si tu n'as plus rien de ces rares bontés, Quel destin a sitôt changé tes qualités? Si tu les as encor, comment la bonté même Peut-elle méconnoître et trahir ce qu'elle aime ? Ressentant seulement l'ombre de mes douleurs, Que la compassion t'arracheroit de pleurs!

Je m'emploirois pour voUs avec un. soin extrême, Et je voudrois cacher vos secrets à moi-même; Mais ce présomptueux a ce cœur irrité , Et je dois, le pouvant, punir sa vanité.

DIONIS

Divine et sage Érante !

:ÉRANTE.

Avecque la menace On abat ton orgueil , on a part en' ta grâce ; Je suis sage et divine , et tu m'estimes fort

3i2 AMÉLIE,

Alors que mon pouvoir disposa de Ion sort ;

Tantôt, enflé du vent d'une fausse victoire,

Tu ne me traitois pas avecque tant de gloire;

Ce m'ëtoit des faveurs que de te regarder.

Dieux! il est bien aisé de te persuader!

Quoi ! quand je te nommois beau, charmant, adorable,

Tu croyois seulement m'être considérable?

Et lorsque je feignois ces transports furieux^

Tu les attribuois au pouvoir de tes yeux?

J'aurois perdu l'esprit , et ta seule arrogance

Eût été comparable à mon extravagance ;

Lors j'avoîs mérité de souffrir tes dédains.

Mais ]'ai dessein de rife et c'est dont je me plains.

Je voulois par l'appât d'une espérance vaine,

Me donner le plaisir de t'avoir mis en peine ,

Te voir à mes genoux, te voir baiser mes pas,

T'ouïr plaindre sans cesse et ne répondre pas.

C'étoit là mon dessein, et ton âme orgueilleuse

Devoit ce passe-temps à mon humeur joyeuse :

Je voulois que mes jours touchassent tes esprits,

Et tu ne devois pas les payer de mépris.

DIONIS

Je n'ai rien mérité, mais souffrez que }e die Que vous deviez ailleurs chercher la perfidie , Et que, quelque dessein que vous pussiez avoir, Vous tâchiez vainement d'ébranler mon devoir. Je crois qu'on ne peut rien ajouter à vos charmes; Les cœurs contre vos y^ux ont d'inutiles armes, Et le mien seulement a pouvoir d'éviter Ces glorieux vainqueurs que tout doit redouter. D'un si libre discours accusez* cette belle ; Comme vos deux beautés ma flamme est immortelle;

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