ACTE III, SCÈNE VIL 3i
Je confesse mon crime; il est grand en effets Mais l'Amour est auteur de ce mal que j'ai fait; J'avois ce seul moyen d'expliquer ma pensée A cet aimable objet dont mon âme est blessée*
LE VALET
Non , ne pardonnez point.
EMILE, à Dionis,
Dieux ! que de lâcheté !
Tu consultes; perfide, en cette extrémité? Tu n'es pas un objet digne de mon courage ^ Et mon valet suffit pour punir cet outrage. Fais périr ce voleur.
LE VALET
Qu'il meure de vos coups ; Je ne me trouve pas maintenant en courroux.
ÉRANTE.
L'agréable combat !
]ÉMILE, au valet.
Quoi! tu souffres ce traître, Et ne prends point de part aux affronts de ton maître? Lâche, crains d'en avoir en sa punition. Mais je fais trop long-temps languir ma passion : Il faut priver du jour cet objet de ma haine. Et moi-même je dois me donner cette peine.
DIONIS
Comment ! point de pardon ? et la vaillance même Ne considère pas un repentir extrême ?
Ajoutez cette gloire à vos rares vertus.
EMILE
le n'ai point de pitié pour des cœurs abattus ; Je pardonne ton crime, et je punis la crainte
3i6 AMÉLIE,
Dont si honteusement je vois ton âfl^ atteinte.
Tu ne te défends pas ?
Diojfis, mettant Vèpée a la main.
En cette extrémité Il faut donc obéir à la nécessité ?
Admire maintenant mon humeur débonnaire ; Cet efTet de courroux alentit ma colère : J'ai pitié des vaillans , et ta résolution Dispose ma justice à ta rémission.
DIONIS
Non, non, brave guerrier, cet effet de clémence A ta rare valeur fait trop de violence; Tu dois à mou offense un juste châtiment ; Pour moi , jamais ce fer n'est tiré vainement.
EMILE
Révérons, indiscret, cette rare merveille.
DIOIÏIS.
Plutôt prouve à ses yeux ta valeur sans pareille. Donnons ; c'est trop long-temps différer mon .trépas.
Non , je suis satisfait.
DIONIS
Et je ne le suis pas.
C'est trop délibérer.
EMILE
Ma haine est apaisée; Je dédaigne à présent une vengeance aisée : J'ai perdu le courroux dont j'étois enflammé ^ Et je ne me bats point n'étant point animé.