ACTE IV, Scène v. 33i
Un rayon du soleil avoit percé la nue ,
Que je calmois du ciel la forte aversion ,
Enfin qu'ils me dévoient leur conservation :
Surtout un homme riche et chéri dans Valence,
M'offrit dessus ses biens une entière puissance ,
N'attribua qu'à moi sa vie et ses profits,
Et depuis me conserve en qualité de fils :
lai témoigné mon deuil par des preuves parfaites.
Et les dieuis; sont témoins des plaintes que j'ai faites ;
Car je me croyois seul échappé du danger,
D'où m'avoit retiré ce navire étranger :
Enfin le temps, madame, et les yeux d'Amélie,
Divisèrent ma peine et ma mélancolie;
Je partageois mes pleurs ; l'amour et votre mort
Sur ce cœur malheureux faisoient un înême effort;
J'accusois le destin de vous avoir ravie.
Et d'avoir sous une autre assujetti ma vie :
L'effet vous répondra de ma fidélité ;
l'aimois votre mémoire autant que sa beauté ;.
Et puisque vous vivez , les baisers de TAurore
Ne me seroient pas doux si je vous plais encore.
AM£LiE, en riane.
Donc ce cœur inconstant a rompu ses liens?
(Lisidan entre , et les écoute éaché derrière un arbre.)
CLOBIS.
Madame , vos dédains autorisent les siens.
ERAST^.
Cessez de me gausser , et pardonnez , madame , Les effets eriminels d'une importune flamme : Je connois que le ciel vous doit à votre amant. Et j'ai trop traversé votre contentement;
Mais pardonnez plutôt à l'humeur indiscrète Dont je traitois , monsieur, une amour si parfaite :: Vous devez excuser un cœiu* préoccupé , Et sur qui Dionis a beaucoup usurpé.
]£raste.
Nous vivrons tous contens, nos peines sont finies,,
Nos soupirs étouffés et nos craintes bannies ;
De tous nos déplaisirs l'Amour est triomphant,
Louons tous à Fenvi ce glorieux enfant.
Et vous qui me traitiez avec tant d'injustice,
Je veux pour tant de mal vous rendre un bon office ;
Je vais à vos parens conter ce changement.
Et je m'ose vanter de leur consentements
Je viens ce soir sans faute; a^eu, vivez contentet
( U sort.)
Mais je cause à madame une fâcheuse attente.. Mon bonheur,, toutefois,, l'y fera consentir, Et je viens de songer de quoi nous divertir..
(ACloris.) -
Feignez pour mon sujet une ardeur violente. Et daignez m'honorer du nom de votre amante t Ce divertissement ne vous déplaira pas ; Vous entendrez souvent invoquer le trépas; Nous ferons un jaloux , et son cruel martyre Nous fournira ce soir un beau sujet de rire. Ce dessein vous plaît-il?
CLORIS
O dieux! qu'il est charmant > Et que nous en rirons !