‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 224 sur 437 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

lÊRASTE.

Ah ! madame , est-ce vous ?

Que je bénis te ciel, et que mon sort est doux! Beau sujet de mes pleurs, ma Cloris, ma lumière, Quoi ! ce corps est pourvu de sa grâce première ! Quel sort en ma faveur Ta fait ressusciter!

CLORIS

Éraste vit.encor, il n'en faut plus douter; Cet abjet de mes vœux charme eneore le monde, Et les dieux l'ont sauvé de la rage de l'onde. Mais la voix me défaut. Divin objet d'amour, Parlons par des baisers qui durent tout le jour.

(Ils se tienneot embrassées. ) AMÉLIE.

Dieux î son affection Tobligeoit à me suivre, Et ce soin qu'il a pris est ce qui m'en délivre; Il retrouve Cloris, ses vœux sont satisfaits, Il ne s'oppose plus au dessein que je fais. Mais il faut contenir leur ardeur amoureuse ; En ces premiers» transports la joie est dangereuse.

(A Cloris.)

N'avez-vous feint , madame , uû si cruel tourment Que pour me disposer à perdre mon amant ?

' ERASTE

Vous voyez d'un bon œil notre chaste Kcenee ,

Et vous chérissez fort une si douce offense ;

Vous cédez sans regret un si foible intérêt ,

Et perdes de bon cœur le bien qui vous déplaît.

J admire de l'Ainour la suprême' puissance.

O dieux! que cet effet dément bien son enfance i

Il tire notre bien d'un mattieur apparent ,

33o AMÉLIE,

Et Cloris me captive avecque tant d'empire , Que ses seules faveurs sont le bien ou j'aspire. Adorable beauté , cher but de mon espoir. Quel dieu m'a procuré le bien de te revoir. Et quel heureux démon te retira de Tonde Ou le vent renversa notre nef vagabonde?

CLORlS.

La rencontre des flots la repoussa sur l'eau. Que je croyois depuis te servir de tombeau : La grandeur du péril nous conserva la vie , Et du beau temps enfin ta chute fut suivie. Depuis, sous ces habits, j'ai pleuré ton trépas En mille endroit divers où j'ai p(Mté mes pas; En deux ans, sans dessein, j'ai vu toute l'Espagne, Et la seule douleur m'a servi de compagne. Mais ne m'oblige point à de plus longs discours. Quel insigne bonheur a conservé tes jours ?

iRASTE.

Un navire espagnol sur cette humide plaine

Tenoit comme le nôtre une route incertaine.

Et je crois que le ciel l'envoyoit à dessein

Que la force des flots me jetât dans son sein;

Car je m'y rencontrai dans ce péril extrême :

L'orage me servit contre l'orage même;

On me crut mort long-temps , et quand j'ouvris les yeux

Rien ne me cachoit plus la lumière des cieux :

Des cœurs des matelots la peur étoit bannie ,

Le timon travailloit , et l'onde étoit unie :

Là , tous ces étrangers me comblèrent d'honneur

Comme si j'eusse été l'auteur de leur bonheur,

Et me contèrent tous qu'à ma première vue •

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