AMÉLIE, CLORIS, DIONIS
AMELIE, à Claris.
Il faut que cette feinte Vous fasse mesurer son désir par la crainte; Elle vous prouvera Tardeur de nos amours. Commençons, il nous voit.
DioNis, à part.
J'entendrai leur discours.
Us ne m^avisent pas en un endroit si sombre , Et je puis tout ouïr en faveur de cette ombre.
GLORis, h Amélie.
Puisque l'occasion m'offre ici les cheveux , Je ne me tairai plus, cher espoir de mes vœux; Votre possession est l'objet de mes larmes , J'ajoute une victoire à celles de vos charmes; Je n'adore que vous , et vos seules beautés Ont mon âme ravie et mes sens enchantés. ,
Amélie est un nom qu'on sait par tout le monde, On s'entretient de vous sur la terre et sur l'onde , Vos yeux font mépriser les autels de Vénus, Et chacun sacrifie à ces dieux inconnus. Attiré par l'éclat d'une beauté si rare , Qu'elle peut enflammer le cœur le plus barbare, J'ai quitté mon pays , sans dessein toutefois De m'oser asservir sous de si dignes lois. Mais qui peut s'exempter d'un si noble servage ? Pour vous quelle raison ne perdroit son usage ?
D'abord que j'aperçus ces aimables soleils,
Je sentis des effets qui n'ont point de pareils ;
Mes yeux furent charmes, mon âme fut troublée,
£t d'ennuis infinis ma fortune comblée :
Je trouvai tant de grâce en ces divins appas,
Et je vis au-dessous mon mérite si bas
Qu'un juste désespoir me conseilla ta fuite ;
Vous avez vu Tétai où mon âme est réduite :
Je plaignois mes défauts et ma condition ,
Qui défend que j'aspire à votre affection.
moins, à part.
O dieux ! qu'ai-je entendu ? Tu me dois ôter l'âme , Traître , avant le bonheur de me ravir ma dame. Mais ce pauvre abusé ne heurte qu'un rocher Que mon sujet unique a l'honneur de toucher.
ASI£LiI£«
Je demeure confuse en cet honneur extrême , Car un sujet puissant défend que je vous aime ; Ma foi s'est engagée, et, vous seul excepté, Le plus beau des mortels a pris ma liberté. Vous plaisez à mes yeux, il faut que je le die; Mais je sais ce qu'au ciel déplaît la perfidie; Ce crime est le plus noir qui souille ses autels, Et qui lui fît jamais détester les mortels. • Dieux, quel malheur m'engage à l'amitié d'un autre? Que ne puis-je, monsieur, être constante et vôtre?
CLORIS
Que je ne trouble point votre ardente amitié ; Je ne demande pas un seul trait de pitié ; . Je connois mes défauts, et cette connoissance M'assure que ma voix seulement vous offense ,